Le Cercle Modernist

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"Sir Coxsone Narratio"

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Clement Seymour Dodd "Sir Coxsone" devant son label ( Source : Coxsone records) -

   

 

 

 

"COXSONE Narratio", est une chronique de la fameuse histoire du label Jamaïcain COXSONE.

Un label fondé en 1963 par Clement Seymour Dodd. Personnage emblématique, connu plus tard sous les pseudonymes de "Sir Coxsone", ou de"The Downbeat".

 Cette histoire, véritable saga contemporaine, est indissociable du contexte particulier de cette grande île Antillaise, située dans la mer des Caraïbes.

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Une île qui va connaitre différentes et douloureuses colonisations tout au long de son histoire.

En nous penchant sur la riche existence de Clement Seymour Dodd, c'est bien entendu toute l'histoire de la musique contemporaine Jamaïcaine qui est abordée.

Cet artiste va être l'acteur incontournable pour la diffusion, sur toutes les ondes, des rythmes chaloupés provenant des West Indies !

 

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- Armoiries Jamaïque 1661 (Source : Herald D.M) -

 

"Yard Education"

 

Clement Seymour Dodd voit le jour le 26 janvier en 1932, à Kinston en Jamaique, dans une famille de classe moyenne.

Il connait une enfance heureuse dans cette famille nombreuse, il est d'ailleurs spécialement attaché à sa mère.

Clement va vite incorporer l'école d'All Saints à KingstonIl y poursuit ses études sérieusement.

Il faut dire que c'est le meilleur établissement de la ville, il doit donc être à la hauteur pour ses parents.

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Son tout premier surnom de "Sir Coxsonelui est attribué dans sa jeunesse, alors qu'il pratique avec beaucoup de talent le jeu de cricket.

Ce sport, typiquement britannique est très pratiqué dans l'Empire : n'oublions pas que la Jamaïque n'acquiert son indépendance qu'en 1962.

C'est donc en référence au célèbre joueur de cricket Alex Coxon, que l'on attribue au jeune Clement Seymour Dodd  le surnom de "Sir Coxsone".

Une preuve supplémentaire de son influence, et de son charisme, et cela dès son plus jeune age.

 

  

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  - (Source : Nat.Geo) -

 

 

 Après ses premières années de "formation" sur son île natale, "Sir Coxsone" décide de partir aux Etats-Unis.

Il n'a pas encore vingt ans, quand il essaye, avec succès, de trouver un meilleur emploi. Son premier objectif est de gagner quelques revenus supplémentaires.

Il travaille donc dans les plantations de canne à sucre dans le sud des Etats-Unis. Il va même être obligé de changer plusieurs fois de place, face à la rudesse des taches, auxquels s'ajoutent le racisme infra-communautaire engendré par la misère.

Cet exil temporaire dans le sud des Etats-Unis est courant pour les jeunes jamaïcains qui recherchent du travail à cette époque.

 L'île de la Jamaïque connait une profonde crise économique durant les années 1940 et 1950, les plus démunis sont donc poussés le plus souvent vers l'exil aux Etats-Unis.

 

 

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C'est durant cette période aux Etats-Unis qu'il découvre le Rhythm'n'Blues, une musique en plein essor à cette époque.

Entre les nombreuses radios diffusant continuellement cette musique, et les magasins de disques vinyles à chaque coin de rue ; Sir Coxsone est littéralement fasciné par cette culture Afro-américaine foisonnante.

C'est donc, incontestablement, lors de ce voyage que Clement Seymour Dodd devient un véritable "mordu" de musique. Il se découvre alors une toute nouvelle passion à travers ces nouveaux rythmes qu'il découvre aux Etats-Unis.

Une véritable passion qui va changer le reste de son existence. Lors de son retour de 1954 en Jamaïque, il ramène d'ailleurs plusieurs kilos de vinyles dans ses valises.

C'est grâce a ses premières galettes qu'il va débuter son incroyable aventure...

 

   

 

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  - Don Drummond (Source : D.H) -

 

The Coxsone Downbeat Sound System

 

"Sir Coxsone" revient donc sur son île natale en 1954.

Il a la ferme intention de faire découvrir à ses concitoyens cette musique Afro-américaine qui l'a tant séduit lors de son séjour aux Etats-Unis.

Car, même si cette musique est déjà présente en Jamaïque, il est conscient que l'importance de la qualité des morceaux qu' il propose est un élément essentiel pour se démarquer des autres producteurs.

Ces sélections doivent faire la différence lors des clash avec les différents Sound System. Notons que dans un tout premier temps, ces derniers sont également appelés "Mobile Discotheque" lors des premières expériences.


Sur place c'est le Sound System (et oui déjà à cette époque !) de Duke Reid qui est incontestablement le plus populaire. Duke a déjà en main le monopole des plus grandes "discothèques ambulantes" de l'île.

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Parmi les nombreuses "équipes" en compétitions, Duke Reid est reconnu par le public comme le roi de la musique Jamaïcaine : c'est incontestablement le King des Sound Systems 

Il est d'ailleurs "sacré" en 1956 "King of the Sound", la coupure de presse (plus bas) relate d'ailleurs cette soirée mémorable.

 •

Ce "sacre" est obtenu grâce à la popularité grandissante de ses premiers Sound System qui écrasent totalement la rare concurrence.

Duke Reid va connaître la consécration internationale plus tard, en fondant les labels Treasure Isle et Trojan. C'est une partie que nous aborderons prochainement dans "Le Cercle Modernist".

Clairement Duke Reid est le principal rival de "Sir Coxsone" dés la naissance des Sound System. Mais, il va se distinguer par une attitude beaucoup plus violente.

Une attitude de "Real Bad Boy" qu'il cultive allègrement pour effrayer la concurrence et même ses propres recrues ! 

 

  

 

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- King Sitt et le  DownBeat Sound System 1955 (Source : C.R) -

   

 

Cela peut apparaître comme étonnant au regard de son ancien emploi de policier ; mais, il représente en fait parfaitement l'archétype du "Don" Jamaïcain.

Sur le diaporama il apparaît d'ailleurs avec son fameux pistolet à la ceinture, en adoptant son attitude provocante et arrogante de Bad Boy ! Un vrai gangster, qui ferait pâlir tous les apprentis Scarface qui pullulent de plus en plus de nos jours...

Il n'hésite pas, par exemple, a faire saboter le matériel des Sound System adverses par des "Dance Hall Crasher"(voyous). Il fait également arracher lui-même les étiquettes des labels de singles pour les remplacer par d'autres.

Une technique de "diversion", novatrice à l'époque, destinée dés l'origine a garder jalousement l'exclusivité d'un morceau. Technique utilisée quelques années plus tard par les Disc Jockey en Angleterre dans le même objectif. 

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Cet héritage Jamaïcain se retrouve aussi dans le souci constant de trouver des morceaux inconnus et donc complètement exclusifs. En effectuant des voyages aux Etats-Unis  Clement va de cette manière directement "à la source"...

Face à la suprématie de Duke Reid qui domine le paysage musical en Jamaïque ; Sir Coxsone décide rapidement d'agir pour faire évoluer la situation, en 1954, dès son retour des Etats-Unis.

Il s'achète alors une nouvelle sono, et débute sans attendre son Sound System. Il intitule au départ son Sound System le "Sir Clement Downbeat", avant de le transformer quelques mois après en "Sir Coxsone DownBeat".

Au départ, le "Sir Clement DownBeat Sound System" est toujours située à Kingston, entre les quartiers de Beeston Streetet Love Lane exactement.

Plus tard, lorsqu'il acquiert son nouveau nom de "Sir Clement DownBeat", le Sound System quitte ses locaux d'origines pour devenir itinérant en changeant continuellement de lieux pour ses prestations..

 

 

   

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 - "Sacre" de Duke Reid en 1956 (Source : J.S ) -

   

 

 Notons qu'il va être particulièrement attentif à la qualité de la sono. Un matériel qu'il va constamment améliorer, ou carrément totalement changer.

C'est Headley Jones accompagné de Sid Bucknoor (cousin de "Sir Coxsone") qui est aux commandes des amplis et des consoles.

Un ingénieur en grande partie à l'origine du fameux "son Coxsone".

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Headley Jones va faire des merveilles pendant de nombreuses années sur les matrices des productions du label Studio One.

Pourtant à ses débuts, Le Sound System ne joue pas de musique Jamaïcaine. Le Calypso ou le Mento sont effectivement boudés par le label qui veut ainsi se démarquer face à ses concurrents.

Comme le demande le public local, le "Sir Coxsone Downbeat" se spécialise en musique Afro-américaine, avec principalement des productions de Rhythm'n'Blues, de Boogie et de Jazz.

 

 

 

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 - U-Roy 1963 (Source : R.T) -

 

 

Lors de son voyage aux Etats-Unis, il découvre qu'il est particulièrement attiré par le Jazz Clement Dodd apprécie spécialement les morceaux instrumentaux.

Quelques années plus tard, il va d'ailleurs produire de nombreux morceaux instrumentaux sur ses différents labels.

"Sir Coxsone" prend vite conscience que les disques qu'il a ramenés des Etat-Unis ne suffisent pas.

Même si le Sound System rencontre déjà un grand succès, il sait qu'il lui faut trouver continuellement de nouveaux "Hit"

Pour palier à ce manque de nouveaux morceauxil va multiplier les voyages aux States pour ramener de nouveaux vinyles.

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Il parcourt les Etats-Unis de long en large !

de la ville de Chicago, à la Nouvelle Orléans, Philadelphie, Miami et New York City... rien n'arrête sa quête de nouveautés pour régaler son public !... 

C'est justement dans la "Big Apple" qu'il trouve un stock de galettes rares. Il va littéralement dévaliser le magasin "Rainbow Records", et y trouver de cette manière de vrais joyaux .

 C'est également à New York City qu'il commence à se constituer une collection spécialisée en morceaux instrumentaux.

Une collection composée par de nombreux morceaux de Jazz instrumentaux, comme nous l'avions souligné plus haut.

 

  

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  - (Source : S.B) -

 

 

"Sir Coxsonedéchire lui aussi les étiquettes de ses singles pour garder la primauté des morceaux.

Il n'hésite pas également à acheter tous les stocks de certains morceaux, pour justement en garder l'exclusivité face à ses concurrents.

En véritable stratège, il prépare déjà l'agrandissement des Sound System en gardant plusieurs copies du même single.

Ces nombreuses copies identiques, sont toutes destinées à son écurie de futurs Disc Jockey qu'il prépare personnellement.

De ce fait, il élimine automatiquement les concurrents les moins sérieux.

Car, ceux qui sont dans l'impossibilité d'investir des sommes importantes ne peuvent pas suivre cette rude compétition qui demande sans cesse de nouveaux investissements.

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 Le "Sir Coxsone Downbeat" va avoir un tel succès, que très vite le Boss s'entoure de nouveaux partenaires.

Pour multiplier les points de diffusion de sa "discothèque ambulante", il recrute rapidement de nouveaux Disc Jockey.

Ces derniers vont tous  devenirs des célébrités : Count Machuki (la première recrue) qui est vite accompagné par King Stitt, puis Lee Perry ("Crazy Genius").

Plus tard c'est avec Prince Buster ("King of Rock Steady") , et enfin U-Roy (véritable précurseur du "Djing" et du "Toasting").

De ce fait les soirs de grande affluence, "Sir Coxsone" peut proposer pas moins de cinq (!!) Sound System qui peuvent jouer tous les mêmes morceaux.

Une technique rendue possible par cette minutieuse préparation lors de ses achats de disques aux Etats-Unis.

  

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- "Sir Coxsone" à STUDIO ONE (Source : J.S) -

 "World Disc Records", "Coxsone Records"...un producteur prolifique !

 

La carrière de producteur de "Sir Coxsone" est d'abord motivée par son intérêt grandissant pour les artistes locaux.

Ces derniers commencent à proposer des morceaux qui lui semblent plus intéressants que les standards de Mento ou de Calypso, encore en vogue dans les bars locaux.

Cet intérêt est aussi fortement motivé par le succès rencontré par ses nouveaux artistes Jamaïcains.

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 Duke Reid et Prince Buster séduisent de plus en plus le public local, à contrario des importations.

Un public qui délaisse justement, petit à petit, les artistes, et les sons, venants exclusivement des Etats-Unis.

De plus, le Boss est involontairement aidé par le cours de l'histoire, et l'innovation technologique.

 

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Le disque vinyle singles, tournant à 45 tours par minute, n'est inventé que depuis quelques années.

Pour être plus précis, le single est inventé en 1949 par la grande compagnie de disque américaine RCA.

Il est d'abord lancé pour promouvoir les Juke Box, ce qui explique le trou au centre.

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Grâce à cette nouvelle invention tous le monde à huit minutes d'écoute sur chaque face.

De ce fait, les artistes, techniciens des studios, et musiciens, voient s'ouvrir à eux un nouveau marché très prometteur.

Une belle opportunité que Clement Dodd, homme d'affaire implacable, ne va pas laisser filer.

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Clement fonde alors son premier label en 1959, sous le nom de World Disc Records.

Les premiers enregistrements, avec des d'artistes comme Duke Reid, sont d'abord destinés exclusivement aux Sound System.

C'est une des spécificités du travail de producteur de "Sir Coxsone" : il fait d'abord graver à un artiste un seul single, une galette en "acetate" en un seul exemplaire.

Cette dernière est de cette manière "testée", dans un premier temps, auprès du public connaisseur des Sound System pour voir sa réaction.

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Le succès ainsi obtenu auprès de ce public est littéralement un sésame pour une diffusion plus importante.

Cette diffusion passe d'abord par son propre Sound System ; pour être élargie, par la suite, au marché local grâce à ses nombreux labels.

 De plus, son système est appuyé par un réseau de diffusion très efficace qui dépasse largement les moyens de ses concurrents, à part Duke Reid.

La grande force de Sir Clement est son immanquable "flair" de Businessmen, un flair acquis grâce à une très longue expérience dans l'industrie musicale. 

 

 


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 - Duke Reid (Source: T.I) -

 

 

Durant ces premières années de production, quatre années exactement, tous les enregistrements sont effectués dans les studios FEDERAL.

Ces studios enregistrent les toutes premières productions de "Sir Coxsone".

Comme avec le morceau "Shufflin Jug"interprété par Clue J and the Blues blaster, enregistré en 1959 ; suivit de "My Baby" , interprété par Jackie Estwick.

Cette même année 1959, il ouvre un point de vente à Kingston : le Coxsone Music City dans le quartier de East Queen.

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C'est toujours dans l'optique de se promouvoir lui même, et d'avoir toute les cartes en main, qu'il distribue toutes ses productions sur ses différents petits labels.

Des labels comme Music City Recordsou Downbeat Records.

Ce dernier va d'ailleurs devenir une vraie référence pour toutes une génération de Rudies.

C'est donc à cette époque précise que la musique Jamaïcaine retrouve une nouvel élan grâce au Ska.

 

 

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- Encart Publicitaire 1967 (Source : H.C) -


 

Prince Buster est incontestablement  un des plus illustres représentants de cette musique.

Dés 1961/1962, le Ska s'impose d'abord localement, grâce à l'élan provoqué par l'indépendance du pays.

Plus tard, il va exploser au niveau international avec l'énorme succès de Millie Small, et son morceau "My boy Lolipop", sorti sur le label ISLAND.

 Le Ska est une musique qui se caractérise par un tempo envoûtant au rythme syncopé, puis par des cuivres resplendissants.

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Cet ensemble reflète un nouvel optimisme et une nouvelle confiance dans l'avenir.

Un optimisme déclenchée par la naissance de la nouvelle nation Jamaïcaine. Notons qu'en Angleterre, le Ska est souvent associé au Blue Beat, à tort...

En fait le label d'Emile Shalett, BLUE BEAT Recordsproduit entre 1962 et 1967 plusieurs centaines de singles venant directement de Jamaïque.

 Du fait de ce monopole sur les productions de Ska venant des West Indies en Angleterre, le nom du label va vite désigner et remplacer son nom original pour le public anglais.   

  

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La création du label Studio One 

 

C'est bien en 1963 que"Sir Coxsonefonde son propre label.

Il va l'inscrire cette même année au registre du commerce, de la ville de Kingston, sous le nom de "Jamaïcan Recording and Publishing Studio".

Très vite le label est connu sous le nom de COXSONE Records, nom inscrit sur la mythique étiquette.

Le local du label est situé au numéro 13 de Brentford Road dans Kingston downtown.

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 Il s'entoure de la même équipe qui travaille déjà avec lui sur le label World Disc.

Par contre, cette fois ci, les artistes locaux, comme Lee Perry, Prince Buster ou Duke Reid, enregistrent leurs premiers singles directement.

 Ils n'attendent plus l'approbation du public des Sound System par le biais des acetates, comme aux premiers temps de son aventure.

La liste des artistes produits et enregistrés durant cette période extrêmement féconde est tout simplement difficile à croire, tant la production est pléthorique.

 

 

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De jeunes artistes vont même s'installer dans les locaux du studio pour y séjourner.

Un certain Bob Marley y séjourne durant plus d'une année en répondant à son invitation..

"Sir Coxsone" l'accueille généreusement chez lui avec ses nombreux amis, des images existent les voyants jouer au Football dans l'immense cour derrière les studios.

Impossible de tous les citer, même si certains sont réellement incontournables comme les fabuleuses formations des Wailers, Heptones, Techniques ou autres Toots and the Maytals.

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Avec des artistes virtuoses comme Delroy Wilson (et son incomparable "I'm in dancing mood"), Alton Ellis ("I'm still love you" tube planétaire maintes fois repris encore de nos jours par la nouvelle génération Nu Roots), ou Joe Higgs... 

Sans oublier, bien entendu, le King of Rock Steady  monsieur Prince Buster.

 •

 Ce dernier est surement l'artiste Jamaïcain le plus complet dans les années 1960, chanteur Disc Jockey, et ses innombrables hits , "Jamaican Ska", "Al Capone"..

 

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Comme je l'ai déjà précisé auparavant, il est impossible de s'arrêter sur chaque artiste.

De ce fait, n'hésitez pas, une nouvelle fois, à rajouter vos infos, par le biais des "commentaires" à la fin de cet article.

Durant cette période d'or pour la musique en Jamaïque, "Sir Coxsone"enregistre tous les jours de la semaine.

 En plus, il s'arrange pour organiser des séances d'audition le dimanche, toujours dans les studios du 13 Brentford Road grâce à  l'aide de Lee Perry...

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La messe est donnée par le révérend "Sir Coxsone" dans le nouveau temple à la mode en Jamaïque : un temple répondant au nom de STUDIO ONE !!

 C'est aussi grâce à cette technique d'audition à tour de rôle qu'il crée l'émulation, une sorte de compétition entre les nombreux prétendants qui se bousculent pour graver un vinyle.

En fait, pratiquement toute l'histoire de la musique, durant la seconde partie du XXé siècle en Jamaïque, est produite dans ses studios d'enregistrement.

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 Le matériel et les "consoles" sont changés pour être améliorés en y rajoutant des pistes.

Plus exactement, 5 pistes, puis 8 pistes durant la période post 1968 avec le Reaggae, ce qui va  faire de lui le meilleur studio en Jamaïque.

 "Sir Coxsone" est toujours à l'affût de nouveaux sons : grâce a ses talents de découvreur producteur il est incontournable.

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Mais surtout, il comprend très vite les différentes évolutions de la musique en Jamaïque en s'adaptant à chaque fois rapidement.

En effet, de la naissance du Ska en 1962, au premier pas du Rock Steady en 1966, en passant par le Reaggae : Clement Dodd  ne manque aucune ère musicale grâce à son "flair" incomparable.

C'est un hyper actif qui pense, mange, et dort pour ses poulains et ses studios d'enregistrements. Les résultats fantastiques sont d'ailleurs à la hauteur d'un investissement total pour la musique.   

 

 

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   - (Source : 75 M.N.S) -

   

La naissance du "Early Reaggae"

 

 

Même si Clement Dodd commence à perdre sa situation dominante sur le marché local durant ces années 1969, il reste un producteur toujours très recherché.

Avec l'avènement du Reaggae, le tempo ralenti, la basse est maintenant omniprésente et beaucoup plus"lourde".

Là encore la paternité de l'utilisation du terme Reaggae dans une chanson est sujet à controverse : les Maytals ("Do the Reaggae"), Stranger Cole...ou Lee "Scracht" Perry.

Ce dernier utilise une ligne basse rythmique chaloupée sur le morceau "Long Shot" avec le producteur Joe Gibbs.

Il va d'ailleurs se brouiller avec lui, à propos des droits d'auteurs de ce même morceau.

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Lee Perry va utiliser le rythme de base de "Long shot" pour créer son propre morceau "People Funny Boy".

Il va produire le morceau sur le label UPSETTER, qu'il vient justement de créer lui même.

Le morceau dédié à Joe Gibbs devient un véritable classique en Jamaïque ; il lance l'incroyable carrière de "Lee Scratch Perry" le "sorcier"véritable inventeur de sons.

Clement Dodd lance encore de nouvelles carrières et découvre de nouvelles stars, comme Dillinger, Lone Ranger, Prince Jazzbo, Sugar Minott, ou encore les Wailing Souls.

La soif de découverte de Sir Coxsonne le pousse rapidement vers le Dub Reaggae naissant.

 

 

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- (Source : R.M) -

 

 

Un style créé par les techniciens des studios d'enregistrements travaillant sur le "mixage" des morceaux.

C'est l'ingénieur du son King Tubby (puis dans une moindre mesure Errol Thompson) qui invente le "remix".

C'est une toute nouvelle technique consistant à remanier la matrice du son originale en y faisant des ajouts.

• 

Au départ, c'est la face B qui propose une version Dub du morceau original, avec le plus souvent une disparition de la voix.

Cette dernière est remplacée par une section rythmique dépouillée et agrémentée d'ajouts (comme des échos ou des réverbérations).

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Cette préparation spécifique doit permettre au Toaster (Disc Jockey chanteur) d'improviser plus facilement lors des Sound System.

Que ce soit King Tubby ou Lee Perry, tous les grands ingénieurs du son Dub vont avoir cette particularité de vouloir partager leur art.

Une forte volonté de divulguer leur technique avec passion autour d'eux, sans demander le moindre penny. Lee Perry est le meilleur exemple de cette "école" de pionnier.

Soulignons, au passage, l'importance essentielle de cette technique dans l'émergence du Rap, et plus tard de la musique électronique.

Ces racines sont malheureusement souvent ignorées par la jeune génération. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'aborder dans "Le Cercle Modernist".

 

   

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- King Tubby en 1967 (Source : J.B) -  

   

 

Naturellement Sir Coxsone suit l'évolution musicale de son île natale.

Il commence à produire du Dance Hall, cette nouvelle orientation prise par le Reaggae à la fin des des années 1970, puis durant les dix années suivantes.

Venant du terme désignant les "salles de danses" en Jamaïque, le Dance Hall se développe parallèlement au Reaggae plus "traditionnel" (Nu Roots).

Le Dance Hall représente surement la partie plus obscure et violente de cette musique.

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Une violence qui reflète parfaitement la situation sociale et politique de l'île.

 

Une île avec deux principaux partis politiques, le JLB (Jamaïcan Labour Party), à droite, face au PNP (People's National Party),à gauche (tous les deux très corrompus), qui s'affrontent en armant carrément les ghettos de Kingston.

Les quartiers de Kingston deviennent ainsi de véritables "garnisons" de soldats politiques.

Des quartiers abritant des zones de non droits, tenus par les Don locaux soutenus par une population armée faisant régner la loi du plus fort.

 

 

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- Logos des deux principaux acteurs politiques en Jamaïque JLP et PNP  (Source : R.J.R) -

 

  

Le "Toast" des artistes Dance Hall est clairement marqué par l'évocation de cette violence.

Ils y ajoutent des connotations sexuelles, d'une manière souvent humoristique ou ironique.

La langue employée est le slang (argot) Jamaïcain mélangé à de l'Anglais, ce dernier est d'ailleurs plus proche de l'accent Cockney que celui d'Oxford !

YellowMan est surement l'artiste qui représente le mieux cette nouvelle famille du Dance Hall.

Clement Dodd choisit vite de produire les stars montantes comme Sugar Minott, Frankie Paul ou General Smiley.

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C'est donc une période de trouble et de déclin pour l'histoire et la musique de la Jamaïque.

La violence submerge toute la société, la musique change de la même façon en empruntant une voie plus sombre.

Les labels n'échappent pas à cette profonde crise et ferment les uns après les autres.

Comme d'autres Clement Dodd Coxsone est obligé de fermer son studio. En fait, beaucoup d'artistes ont devancé son départ.

C'est à cette époque que New York City, et d'autres villes comme Seattle aux Etats-Unis, voient l'arrivée d'une véritable Diaspora Jamaïcaine.

 

  


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- Jim Brown leader du Shower Posse (Source : N.G) -

  

 

C'est le début d'une période mythique : celle des Sound System à New York City au Skateland avec Papa Toyan et George Phang.

C'est l'époque du terrible "Shower Posse Gang", et de son très redouté chef Jim Brown.

Le gang bénéficie de ce surnom car il use d'une extrême violence pour éliminer ses adversaires... Une véritable "pluie de balles" (shower) tombe ainsi sur les gangs adverses !...

Les mauvais garçons des villes aux Etats-Unis apprennent vite que les vrais Gangster sont ces Rude Boys Jamaïcains.

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Ils sont en fait beaucoup plus organisés, et surtout ultra violents.

De nombreux films vont d'ailleurs relater les terribles chroniques de cette guerre des Gangs.

C'est également à New York City que Clement Dodd décide de s'installer, en y ouvrant un magasin de disque à Brooklyn.

Il nomme son magasin Coxsone's Music City, et s'occupe de ses clients avec son fils Coxsone Junior, qui est parti avec lui aux Etats-Unis.

 

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- (Source : 123RF) -

 

 

Tout en ouvrant le magasin, il monte aussi un studio d'enregistrement.

C'est là qu'il va pour produire une nouvelle génération de musicien impatiente de pouvoir travailler avec lui.

Sa réputation n'est plus à faire, beaucoup viennent simplement le voir comme le nouveau "Roi du Rock Steady".  

 Il va ainsi laisser une empreinte indélébile dans la Big Apple. Car New York City devient vite la ville épicentre du Reaggae aux Etats-Unis.

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Durant cette période, Clement Dodd revient quand même de temps en temps en Jamaïque car son île natale lui manque.

De plus, il est souvent convié à des invitations, comme en 1991 avec la célébration à Kingston de ses 35 ans de production musicale.

Malheureusement, il va devoir engager une dure bataille contre le label Hearbeat.

Le label qui vient de produire une série de Cd sur le label COXSONE Records...sans lui verser ses droits d'auteur sous forme de "royalties".

 

  

  

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 - Clement Dodd en 2004 (Source : N.D) -

 

Une étoile internationale

 

Finalement, il revient sur son île au tout début des années 2000;

Dès sont arrivée, il remet sur pieds les fameux studios de Brentford Road à Kingston.

Studios qu'il avait confiés à son fidèle ami King Sitt, ce dernier a justement bien entretenue les locaux en les rendant toujours opérationnels.

Il va alors très vite refaire tourner ses studios grâce à King Sitt. Il va aussi prendre du bon temps avec ses nombreux vieux amis autour de sa collection de vinyles.

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A cette époque, il affectionne de faire découvrir à ses visiteurs son incomparable collection.

Une collection incroyable composée de 78 tours de Boogie-Woogie et de Jazz qu'ils écoutent de longs moments.

Une collection qu'il affectionne particulièrement et qu'il a commencé très tôt, comme nous l'avions souligné dans les premières lignes de cet article.

 

 

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- (Source : P.COM) -

 

 

Soudainement, alors qu'il prépare une cérémonie organisée en son honneur, Clement Dodd "Sir Coxsone" meurt d'une foudroyante crise cardiaque.

Il meurt exactement le 5 mai 2004, dans sa chère ville de Kingston en Jamaïque.

 Une terrible disparition qui laisse un immense vide pour tous ses fans et surtout dans le paysage musical Jamaïcain.

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 Etrangement, la grande famille de la musique Jamaïcaine avait justement prévu de célébrer son oeuvre.

Il voulait rebaptiser,lors d'une somptueuse fête, la fameuse Brentford Road en "Studio One Road".

Une consécration largement méritée pour un producteur qui a littéralement révolutionné la musique contemporaine internationale.

 

Alexandre Saillide-Ulysse.

 

75 M.N.S

 

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Sources :

 

- Sebastien Clarke, "Les racines du Raeggae : évolution des musiques populaires Jamaïcaines", Edition Caribéennes, 1981.

- Denis Constant, "Aux sources du Reaggae : musique, société et politique en Jamaïque", Editions Parenthèses, 1982.

- Kevin O'Brien Chang et Wayne Chen, "Reaggae Routes : the story of Jamaïcan music", Temple University Press, 1988

- J Kroubo Dagnini, "Les origines du Reaggae", Editions l'Harmatthan, 2010.

- Lloyd Bradley, "Reaggae : the story of Jamaïcan music", BBC WorldWide, 2002.

- Institute of Jamaïca, 2015.

 

 



31/10/2015
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