Le Cercle Modernist

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Jamaïcan 45's Libellus V "Spécial Mento"

 

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 - Groupe de musique Mento en Jamaïque 1955 (Source : U.F) -

 

"Jamaïcan Mento"

 

 

Lors du dernier Jamaîcan 45's Libellus, nous avions abordé les productions de l'illustre compagnie de disques Blue Beat.

Un légendaire label Anglais qui a littéralement forgé et enrichi la culture de nombreuses générations Modernists et Suedies.  

Le nouvel Opus de cette rubrique vous propose cette fois une plongée dans les racines musicales de cette fantastique île des CaraïbesNous allons effectivement nous intéresser au Mento, musicale rurale Jamaïcaine qui puise ses racines dans de multiples influences.

Comme d'habitude maintenant dans cette rubrique Jamaïcan 45's Libellus du Cercle Modernistje commencerais par une sélection musicale. Je précise qu'étant donné la spécificité de ce style musical, et la rareté de certains vinyles, vous trouverez quelques références de disques en format Lp.

La sélection musicale du Cercle Modernist, dont vous pouvez écouter certains morceaux avec les références musicales en bas d'article, est bien entendu suivie de la rubrique "Plus en Détail ..." pour cette immersion dans les origines de la musique Jamaïcaine.

 

 

- Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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- Armoiries de l'île de Jamaïque (SourceJKU) -

 

 

 La Sélection Mento du Cercle Modernist :

 

  

* Hubert Porter & The Jamaïcans Calypsonians "Not Me" - imes Records (78 Tours) - 1953

* Ben Bowers "Brown Skin Girl" - Pye Records (compilation)- 1958

* Lord Flea with The Jamaïcan Capypsonians "Donkey City" - Times Records (78 Tours) - 1953

* Lord Lebby "Bargie" - Kalypso Records (78 Tours) - 1955

* Young Glover "Pussy Galore" - Island Records (réédition 2015

* Charlie Binger & His Quartet "Jamaïca is The Place To Go" - MRS Records (DSM53) 1955

* Count Lasher "Calypso Cha Cha" - Caribou Records - 1954

* Babba Motta "Jamaïca Talk" - Times Records (78 Tours) - 1956

* Lord Messan "Take Her To Jamaïca" -Island Records (compilation) - 1958 

* Laurel Aitken "Nebuchnezer" - Kalypso Records - 1958

 

 - Référence musicale 2 (en bas d'article) -

 

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- Publicité compagnie aérienne en 1958 (Source : JNP) -

 

"Plus en Détail ..."

 

Tout d'abord je tiens à préciser qu'il ne faut pas confondre le Mento, originaire de l'île de Jamaïque, avec le style Calypso Le Calypso est effectivement un style musical différent, originaire des deux petites îles des Caraïbes appelées Trinita et Tobago. Originellement, le Calypso est un mélange de chants et de tambours accompagnant des joutes entre des danseurs armés de bâtons (le "stickfighting"). C'est l'interdiction émise en 1884 de jouer de la musique bruyante dans la rue (hors carnaval) qui va faire émerger le Calypso dans les cabanons et les Clubs.

C'est durant cette période que le Calypso va introduire de nouveaux instruments (à vents et à cordes), tout en remplaçant le patois par l'Anglais pour le chant. Une des grandes particularités des morceaux de Calypso est le côté acerbes et moqueurs des textes critiquant l'attitude des colonisateurs Anglaissans oublier les évocations humoristiques (et osées) des rapports entre les hommes et les femmes dans la société sur l'île de Trinité et TobagoLe Calypso va apparaître au début du XXe siècle sur la scène mondiale, en 1914 que la compagnie de gramophones Victor enregistre le premier morceau.

Originellement, l'émergence de la musique Mento est liée à l’histoire coloniale de la Jamaïque, sous domination anglaise à partir du XXVIIe  siècle. Les Anglais occupent effectivement l'île de la Jamaïque depuis 1670. C'est justement durant cette période que le fond culturel du Mento se met en place, avec en premier lieu la danse dite "quadrille" qui apparaît avec la bourgeoisie coloniale. Le "quadrille"  est un type de danse de bal et de salon d’origine Anglo-Française du XIXe siècle. Cette danse est accompagnée par une musique qui utilise le violon, la guitare, et enfin la flûte.

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Au départ, les bals de quadrille privilégient les danses de couples, des danses telles que les" mazurkas", "polkas" et valses. A travers les bals de société tenus par les maîtres blancs, les esclaves Noirs serviteurs et musiciens ont leurs premiers contacts grâce a ces bals de quadrille. Pourtant, cette danse renvoie aussi clairement à la domination culturelle de la colonisation et la stratégie de survie des esclaves Noirs martyrisés. Ces esclaves  Noirs de la Jamaïque vont littéralement s'approprier cette danse, en y rajoutant avec leurs propres orchestres lors des danses du samedi soir.

Mais c'est surtout dans des cachettes pendant la nuit que les esclaves Noirs réussissent a se rassembler pour danse. Ce sont ces assemblées qui vont participer à l’élaboration de cette culture Mento associée à une d’une forme de résistance à l'oppression raciale du régime esclavagiste. Grâce au Mento, le discours contestataire des esclaves était caché et se "fondait" dans la musique et les paroles à double sens. Le Mento est le plus souvent joué lorsque les travailleurs forcés partageant une tâche fastidieuse récitaient des chants de travail, appelés "Digging sings" et "Bobbin" (l’anglais « to dig » signifiant"creuser") .

Le Bobbin  en est justement une caractéristique, et il correspond au moment où les travailleurs reprennent le refrain en coeur après que le chanteur ait terminé. Grâce au rythme de leur musique les esclaves cherchaient à alléger le poids du labeur en chantant avec une grande ferveur leur terrible et inhumain épuisement. Cette caractéristique va toujours demeurer attachée à ce genre musical, la profondeur et la puissance libératrice des sonorités du Mento vont incontestablement largement contribuer a son rapide succès aux quatre coins de la terre.

 

 - Référence musicale 3 (en bas d'article) -

 

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- Ville de Kinston en Jamaïque au début des années 1950 (Source : JNP) -

 

C'est Harry Belafonte qui va surtout mettre cette musique au firmament en 1955 grâce en grande partie a son colossal succès mondial justement intitulé "Calypso". Au passage notons que Harry Belafonte n'a pas des origines Trinidaniennes, il est en fait originaire de Harlem à New York City aux Etats-Unis. Son image va néanmoins rester attachée a cet exotique pays, une particularité qui va également contribuer a son grand succès mondial. 

Ce morceau de Harry Belafonte va tout de même devenir le tout premier disque de l'histoire à se vendre à plus de un million d'exemplaires. Cette nouvelle musique entraînante est très prisée dans les Clubs sur le Vieux Continent. Ses sonorités exotiques sont aussi souvent utilisées pour les campagnes publicitaires, ou pour des productions cinématographiques. Le Calypso va aussi produire des musiques "parallèles", en particulier à Trinité et Tobago comme avec les tambours de percussions appelés fameux Steel Drum (ou Pan) .

 

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Ces impressionnantes percussions Steel Drum (littéralement "tambour en acier") inondent, entre autres, le superbe et enivrant carnaval estival de Nothing Hill à Londres. Une manifestation superbe à ne pas manquer si vous êtes à Londres durant le mois d'août (du dimanche 30 août au lundi 31 août cette année 2020). Incontestablement, ce carnaval est le lieux de prédilection pour voir et assister a de nombreux concerts, englobant l'ensemble des styles et des "écoles" de la musique des West Indies. D'ailleurs, ce carnaval de Nothing Hill à Londres est tout simplement le plus grand et important carnaval d'Europe !

Comme je l'ai précisé dés le départ, la musique de style Mento n'est pas pareille au style Calypso ; même si indubitablement ces deux styles musicaux possèdent certaines similitudes. La différence entre ces deux styles musicaux peut d'abord se retrouver par le biais des instruments employés respectivement par les musiciens de Mento, ou de Calypso. Plus exactement, les musiciens de musique Mento utilisent par exemple des saxophones fabriqués en bambous, ou les "Rumba Box" (ou "Marimbula" sortent de lamellophones perfectionnés). Le rythme rapide, saccadé et les accords des instruments donnent des morceaux totalement propices à la fête et à la danse.

 

 - Référence musicale 4 (en bas d'article) -

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 - Carte de la Jamaïque (Source : ITC) -

 

 Il est tout d'abord possible de délimiter deux origines du Mento. Il y à effectivement tout d'abord le Mento rural. Cette musique rurale s’inspire, pour les paroles, des chants de travail jamaïcain eux-mêmes inspirés des chants d’esclaves, car s’il était interdit de parler en travaillant, il n’était pas interdit de chanter. De nombreux morceaux de la culture musicale Jamaïcaine illustrent cet héritage légué par le Mento, comme par exemple le « Day Dah Light » de Louise Bennett. Un morceau célébrant le début du jour, synonyme de fin du travail pour les dockers.

Plus tard et plus proche du reggae, « Take Her To Jamaica » de Lord Messam & His Calypsonian, fait l’apologie du rhum comme moyen d’attirer les femmes. Ce thème va être très régulièrement employé par les différentes vedettes des West Indies au fil du temps. Ce titre à d’ailleurs été repris en 1983 par Yellowman, authentique Dance'Hall King, sous le titre " Take Me To Jamaica" .

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Pour sa part, le Mento urbain, qui est contemporain du rural, se distingue par l’utilisation d’instruments électriques (guitare, basse) et par ses influences provenant du jazz américain. Cette influence Afro-Américaine va transformer le Mento en lui apportant encore plus de diversités. Des groupes comme The Wrigglers ou encore l'immense Count Lasher sont des représentants de cette mouvance notamment avec leurs morceaux "Mary Ann" et "Calypso Cha Cha". Ces morceaux sont dans le plus pur style des 50’s, et ils portent le plus souvent ce parfum de scandale qui va souvent accompagner le Mento.

 

Effectivement, les paroles de ces morceaux sont parfois si crues que les autorités en Jamaïque vont être obligées de sévir. De ce fait, elles vont  tenter d’interdire certains textes de morceaux de Mento à connotations sexuelles. Mais, en fait c’est ce que le public avait envie d’entendre ! C'est pourquoi la plupart des textes du Mento parlent de sexe avec les plus belles des métaphores comme sur "Don’t Touch Me Tomato" des Wrigglers ou « Night Food Recipe » du Chin’s Calypso Sextet. Curieusement le Mento spiritual, et des artistes comme Laurel Aitken sont bien éloignés des précédentes considérations. Ces derniers vont plutôt emprunter à la Bible de nombreuses histoires, dont notamment celle du roi Nabuchodonosor II pour le titre "Nebuchadnezzar".

 

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 - Logo Kalypso Records (Source : 75 M.N.S®) -

  

 Authentique ancêtre du Reggae, n'oublions pas que le Mento fut la première musique populaire sur la magnifique île de Jamaïque. Comme je l'ai souligné dès les premières lignes de cette approche, il est le plus souvent confondu avec le Calypso. C'est surtout son "genre" considéré comme subversif et osé, qui va littéralement mettre de côté ce style musical pendant près d’un demi-siècle. Pourtant, malgré l'interdiction légale portée sur de nombreux morceaux de Mento, cette musique va réussir a littéralement conquérir le monde. 

Pourtant, le Mento, ce superbe genre exotique, va produire de nombreuses et véritables perles durant les années 1951 et 1958, comme l'illustre "La sélection Mento du Cercle Modernist" proposée en tête d'article. Les différents styles de Mento donnent à cette musique un très large spectre musical. Un style musical qui est particulièrement riche, avec ses influences locales historiques largement agrémentées de l'apport de la culture musicale Afro-Américaine à travers le Jazz ou le Gospel.

Parmi les grandes personnalités qui vont marquer l'histoire de la musique Mento, Louise Bennett (1919-2006) occupe une place toute particulière. En effet, Louise Bennett est une poétesse et artiste totalement fascinante et une figure majeure de la musique populaire de la Jamaïque. Louise Bennett va chercher avec ferveur  à déterminer et mettre en exergue la richesse de l’identité jamaïcaine à travers son imposante œuvre. La chanteuse va grandir durant la période coloniale, elle  écrit ses premiers textes dans les années qui précèdent l’indépendance de l'île en 1962. Louise Bennett va donc aussi essayer de définir l’identité jamaïcaine dans ce contexte politique particulier.

 

- Référence musicale 5 (en bas d'article) -

 

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- Louise Bennett circa 1964 (Source :JC) -

 

Les magnifiques poèmes et textes de Louise Bennett abordent la question du racisme à travers le genre, la langue, et l’identité nationale Jamaïcaine. La force et la puissance de ses écrits vont radicalement transformer le spectre culturel de la Jamaïque. Louise Bennett met en avant la figure de la femme astucieuse et volontaire au sein de la société, ainsi que l’immigration et la diaspora Jamaïcaine. Louise Bennett est surtout reconnue de par le monde pour son incessant combat en faveur de l’usage du patois local en Jamaïque.

Le patois est un style de langage totalement déprécié en Jamaïque, et même interdit, durant la colonisation Anglaise. Cette grande Dame a justement défendu avec ferveur aussi la tradition orale et l'art de conter les histoires propre à cette île des Caraïbes. Une tradition que l'on retrouve comme nous l'avons vu à travers certaines subtilités des textes de Mento, comme les doubles sens à connotation sexuelle de certains textes;  

Louise Bennnett utilise le patois dans ses écrits et affirme la nécessité de parler sa langue maternelle avec son « Dry-Foot Bwoy », l’histoire d’un homme qui revient d’un long séjour de l’étranger qui a perdu son accent, qui ne connaît plus le patois JamaïcainUne autre particularité des écrits de Louise Bennett est la récurrente apparition du personnage appelé Miss Mattie. Cette Miss Mattie représente une figure récurrente qui lui offre l’occasion de présenter sa vision de l’immigration et de la place des femmes au sein de la société Jamaïcaine.

 

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- Publicité concert Louise Bennett 1964 (Source : MTM) -

 

La période qui précède et accompagne l'émergence et la diffusion de la musique Mento correspond en fait au moment ou la majorité de la population se tourne vers deux moyens de communication en plein essor dans la Jamaïque des années 1950 : c'est a dire la radio, et surtout le Sound System comme je l'ai précisé. A propos de cette période dite des Sound System et des émissions radiophoniques, n'hésitez pas à vous reporter aux nombreux articles de cette rubrique "Race Music /  "West'Indies Insula" du "Cercle Modernist"qui aborde justement largement cette période "charnière" primordiale pour la musique en Jamaïque.

•  

Effectivement, la musique Mento connaît un véritable essor avec la distribution de disques, et l’ouverture de studios d’enregistrements durant les années 1950 en Jamaïque. C'est une partie de l'histoire musicale de l'île ,qui est elle aussi rentrée dans la légende des musiques contemporaines. Le Mento rencontre rapidement énormément de succès dés le début des années 1950, le public et la jeunesse de cette île des Caraïbes sont particulièrement friands de nouvelles sonorités; Comme nous le savons tous, le premier studio d'enregistrement ouvre à Kingston, dans l’arrière boutique d'un marchand de meubles. A propos de ce sujet justement, n'hésitez pas a vous reporter aux différents articles de cette même rubrique.

Mais auparavant, ce sont les disques vinyles 78Tours qui vont accompagner l'émergence du Mento. En effet, l’ancêtre du disque vinyle est le 78 tours. Celui-ci apparaît au début du XXe siècle, c'est plus exactement la compagnie de disques Odeon qui propose ces premiers vinyles double face en 1904. Plus précisément, il s’agit d’un disque mono sillon de 25 ou 30 cm de diamètre, avec en général un morceau par face. Selon sa taille, initialement il ne peut contenir entre 3 et 5 minutes d’enregistrement. En réalité, il n’était en fait que très rarement enregistré à 78 tours par minute. C'est bien ce modèle de disque vinyle en 78Tours qui va être le seul moyen d'enregistrement, jusqu'à l'apparition des disques 33Tours grâce à la Columbia Records en 1946 et leur commercialisation dès 1948.

 

- Référence musicale 6 (en bas d'article) -

 

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- Affiche publicitaire de promotion touristique  (Source : JMG) -

  

De très nombreux artistes vont participer au rayonnement du Mento, comme Ken Khouri, et surtout Count Lasher avec l’ouverture de son studio en Jamaïque en 1954. Count Lasher (de son vrai nom Terence Perkins) est incontestablement reconnu comme le grand personnage charismatique de l’âge d’or du Mento. A juste titre, Count Lasher est justement considéré comme le compositeur le plus important et certainement l’interprète le plus remarquable du genre Mento. On pense notamment à son superbe et entraînant morceau intitulé "Mango Time" sorti en 78Tours par le label Motta's Records de Stanley Motta.

Et toujours durant ces les années 50, on  compte aussi de grands artistes comme Lord FleaLord MessamArthur KnibbsLord Lebby, ou encore le grand Lord Tanamo. Bien entendu cette liste des artistes de Mento n'est pas exhaustive tant ce style est riche et varié. Un style qui va incontestablement bénéficier de l’apparition des compagnies radiophoniques et de leurs émissions de radio qui vont littéralement bouleverser les habitudes des jamaïcains. C'est toute la société jamaïcaine qui va se transformer avec l'apparition de nouveaux phénomènes culturels.

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Les plus pauvres se réunissent la nuit dans un "yard" (la cour commune) autour d’un poste radio pour écouter les derniers tubes afro-américains programmés par les deux seules radios locales : la Radio Jamaica Rediffusion (RJR), fondée en 1950, et la Jamaica Broadcasting Corporation (JBC), fondée en 1959. Ces réunions "ina'Yard" font désormais partie de la grande légende des origines et des racines de la musique de l'île de Jamaïque et de sa grande renommée internationale.

Plus tard, dans les années 1960, le Mento devient une musique plus urbaine, il intègre alors les musiques Afro-Américaines comme le Jazz et le Rhythm & Blues. Une véritable harmonie se crée alors entre ces deux genres musicaux. En outre, le Mento se professionnalise, et ses sonorités dansantes et exotiques sont de plus en plus jouées dans des établissements de qualité, comme l'Hotel Tower Isle à Ocho Rios ou encore l'Hilton, ainsi que dans des boîtes de nuit et des cabarets en vogues comme le fameux Wicky Wacky.

 

 - Référence musicale 7 (en bas d'article) -

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- Encart publicitaire 1956 -(Source : JMM)) -

 

Durant ces années 1960 malgré le succès des autres genres de musiques Jamaïcaines, des chanteurs et groupes continuent de jouer du Mento. Le Mento est une source d'inspiration et de référence constante pour les artistes de Ska/Rock Steady, comme Bob Marley et ses Wailers entre autres. Durant ces années des groupes comme les Jolly Boys connaissent le succès, et continuent de jouer du Mento encore de nos jours. Enfin, n'oublions pas aussi Stanley Beckford, qui fera beaucoup pour le Mento dans les années 70 alors que la plupart des artistes Jamaïcains de l époque se tournent vers le Reggae.

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En 1962, les mouvements nationalistes se développent de plus en plus vigoureusement (menés par les leaders politiques Alexander Bustamante et Michael Manley). L'île de Jamaïque obtient finalement son enfin indépendance précisément le 6 Août 1962. Mais en fait la Jamaïque va rester encore longtemps soumise à la domination culturelle Occidentale,  entre autres par le biais des campagnes d’évangélisation massive sur l'île. De plus, quelques années plus tard le paysage politique de la Jamaïque va malheureusement se détériorer radicalement avec l'émergence et la généralisation de la violence politique. Une violence, et une référence au "Bad Boy", déjà bien présente dans les différents genres de musique en vogue dans les West Indies.

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L'île va effectivement se retrouver dans une situation d'extrême violence en raison d'une fragmentation territoriale de la capitale Kingston par le biais de la mise en place de véritable ghetto politique et ethnique dans le paysage urbain de Kingston. De ce fait, des quartiers entiers sont gérés par des Gangs qui vont progressivement armer la population civile en transformant les ghettos de Kingston en véritable zone de guerre. Cette rubrique "West'Indies Insula" du "Cercle Modernist" va justement vous proposer très prochainement un article consacré au rôle et à la place spécifique des Gangs, et des Don, dans la culture musicale Jamaïcaine.  

Le Mento est une musique qui est indéniablement l’un des véhicules de la réappropriation de la culture originale de cette île des Caraïbes. N'oublions jamais que ce style musical rassemble de  nombreuses musiques populaires jamaïcaines, parmi lesquelles on compte les chants et danses religieux comme le Pocomani; Kumino, Jonkannoo, Revival Zion, Nyabinghi. Grâce à la musique Mento c'est donc tout un pan de la profonde culture et histoire de la Jamaïque qui subsiste de nos jours. 

  

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- Album Lp de Harry Belafonte distribué par RCA Victor Records en 1955 (Source : 75 M.N.S®)

 

Le Mento est une musique issue du tréfonds de la culture des Caraïbes, elle représente l'esprit original de la musique Jamaïcaine. Son influence va irriguer et inspirer l'ensemble des styles musicaux Jamaïcains. Une culture musicale dont la grande richesse et l'hétérogénéité est sans aucun doute une de ses grandes caractéristiques.

Les Modernists originaux ont toujours été attiré par les sonorités exotiques, le propre de la culture Mod étant justement une grande hétérogénéité de la culture musicale. Encore aujourd'hui, les différents Clubs Modernists sont friands de ces sonorités exotiques, un Mento qui accompagne à merveille la danse, une pratique particulièrement prisée par les Mods.

    

 Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S ®

 

Sources

 

- Sebastien Clarke "Les racines du Reggae : évolutions des musiques populaires Jamaïcaines", éditions Caribéennes, Paris, 1981

- Jérêmie K. Dagnini "Les origines du Reggae : retour aux sources Mento, Ska, Rock-Steady, Early Reggae", éditions l'Harmattan, Paris, 2008

- Thibaul Ehrengardt "Histoire de la Jamaïque", éditions Natty Dread, Paris, 2015

- Divers numéros magazines "Reggae", "Nutty Dread".

 

Références Musicales :

 

- Sélection 1 : Hubert Porter & The Jamaïcans Calypsonians "Not Me" - Times Records (78 Tours) - 1953

- Sélection 2 : Ben Bowers "Brown Skin Girl" - Pye Records (compilation) - 1958

- Sélection 3 : Lords Flea with The Jamaïcan Calypsonians "Donkey City" - Times Records (78 Tours) - 1953

- Sélection 4 : Lord Lebby "Bargie" - Kalypso Records (78 Tours) - 1955  

- Sélection 5 : Young Glover "Pussy Galore" - Island Records (réédition 2015)

- Sélection 6 : Charlie Binger "Jamaïca is The Place To Go" - MRS Records (DSM53) - 1955

- Sélection 7 : Count Lasher "Calypso Cha Cha" - Caribou Records - 1954 



31/05/2020
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