Le Cercle Modernist

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Jazz 45's Libellus VII Special Prestige Records

 

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- Modern Jazz Quartet:"Concorde"  Prestige Records (7005LP) 1955 (Source : BP / 75 M.N.S®) -

 

Une fois n'est pas coutume, cette sélection de vinyles Jazz proposée par votre rubrique "Jazz 45's Libellus" du "Cercle Modernist" est exclusivement dédiée à un label de Jazz totalement emblématique : Prestige Records.

Dès le départ, ce label est exclusivement consacré à la musique JazzNotons que Prestige Records est lancé 10 années après la création de la compagnie Blue Note Records. Un autre label originaire de la Big Apple devenu une véritable référence pour l'ensemble de la musique Jazz.

La première partie vous propose une sélection de 10 vinyles, classiques ou plus obscurs, exclusivement issue du richissime catalogue Prestige Records. Cette sélection est suivie d'un historique de cette grande compagnie de disques totalement dédiée à la musique Jazz.

 Enfin, "Plus en Détail" vous propose une profonde immersion dans les arcanes des impeccables productions Prestige Records. Une plongée musicale rythmée, par les superbes compositions des talentueux musiciens James Mood et Milt Jackson

 

- Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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 - Encart publicitaire 1949 (Source : BKJ) -  

  

Prestige Records

"45's Jazz Play-List"

  

1 - James Moody and His Band "I'm In The Mood For Love"

Prestige Records (45-703) - 1950

 

2 - Miles Davis "Morpheus"

Prestige Records (45-734) - 1952

 

3 - Thelonious Monk "Bye Ya"

Prestige Records (45-795) - 1953

 

4 - Art Farmer Quintet & Sonny Rollins "Confad In Tempo"

Prestige Records (45-854) - 1954

 

5 - Milt Jackson Quintet "Buhaina"

Prestige Records (1365) - 1955

 

6 - Bennie Green Sextet "Say Jack !"

Prestige Records (45-918) - 1956

 

7 - The Eddie "Lockjaw" Davis Quartet "The Chief"

Prestige Records (45-126) - 1958

 

8 - Mose Allison "The Seventh Son"

Prestige Records (45-150) - 1959

 

9 - Willis Jackson "Thunderbird"

Prestige Records (45-221) - 1962

 

10 - Gene Hammons "Tuby"

Prestige Records (45-294) - 1963

 

 

- Référence musicale 2 (en bas d'article) -

 

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 -  Art Farmer Quintet & Sonny Rollins Prestige (177LP) 1954 (Source : XY / 75 MN.S® ) -

 

Prestige Records Saga

 

Le label Prestige Records est incontestablement un des labels de Jazz les plus vénérés et les plus importants au monde. Dès sa création, Prestige Records est un label clairement à la pointe du Jazz contemporain. Il va largement contribuer aux prémices du Bop Jazz, du Hard-Bop, et du Soul Jazz dans les années 1950.

Quelques années plus tard, Prestige Records reste encore une compagnie de disque novatrices. En effet, Prestige Records est un des premiers labels à incorporer de nouvelles sonorités, comme le Free Jazz ou le Jazz Fusion. A chaque fois, l'intuition est bonne : le label est reconnu justement pour son originalité.

Prestige Records est fondé à New York en 1949. La compagnie de disques est la propriété d'un disquaire nommé Bob Weinstock. Le label va d'abord s'appeler New Jazz Records, comme nous allons le voir plus tard. Dès ses débuts, l'originalité de Prestige Records est de mettre au point une méthode d'enregistrement spécifique qui va faire sa renommée.

 

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Lorsque le label de Bob Weinstock est lancé, Blue Note Records existait depuis déjà 10 ans, également à New York City, et devient très rapidement la référence des labels spécialisés en musique Jazz. Le lien entre ces deux compagnies majeures de la musique Jazz va d'ailleurs toujours être rappelée.

Interrogés sur la différence entre les labels Prestige Records et son grand et historique rival Blue Note Records, la réponse des meilleurs spécialistes est d'ordre comptable et financière. Plus précisément Prestige Records fournissait tout simplement et exclusivement deux jours de répétition payée.

En termes plus clairs, le propriétaire de Prestige, monsieur Weinstock, encourage les performances d'une seule prises, sans aucune répétition. L'objectif de Weinstock est d'obtenir un son plus authentique et véritablement excitant. En conséquence, certaines séquences d'enregistrement des studios Prestige Records sont considérés comme de simples sessions de "répétitions" prolongées de très grandes qualités.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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                    - Logo de la compagnie Prestige Records  (Source : PR) - 

 

 De plus, comme Weinstock avait l'habitude de rembobiner les bandes en cas d'erreur, il n'existe quasiment pas de prises alternatives, ce qui explique que les rééditions des disques Prestige n'en offrent pas. Par ailleurs, vu le manque de temps et l'impossibilité de répéter de nouveaux morceaux, le répertoire des sessions était souvent composé de reprises de standards et de Blues basiques.

Rudy Van Gelder est l'ingénieur du son de Prestige Records pendant les années 1950 et 1960. "The Man I Love", "Blue Trane", "The Sidewinder", "Moanin".., la liste des plus fameux opus de Jazz auxquels Rudy van Gelder a collaboré serait trop longue à énumérer. Né le 2 novembre 1924 dans le New Jersey, l’artisan du son de Blue Note et Prestige Records va débuter dans le salon de ses parents, à Hackensack dans le magnifique état du New Jersey.

En 56 ans de carrière, du salon familial à son antre d’Englewood Cliffs, où il bâtit son mythique studio, seuls 27 petits kilomètres ont été parcourus. Le trajet musical fut en revanche colossal : près de 3000 albums et plus de 20000 enregistrements ont été gravés auprès des plus grands noms de la musique Jazz.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Rudy Van Gelder en 1957 dans les studios du label Prestige Records (Source : BNR) - 

 

Optométriste de formation, fils de parents boutiquiers, R. V. Gelder n’était pas voué au destin que l’on connaît. Sa passion pour l’enregistrement sonore naît tôt. Il commence par enregistrer ses amis musiciens, des solistes et groupes amateurs, durant les week-ends et vacances universitaires.

C’est en visitant un été les studios de la station de radio WCAU à Philadelphie que sa vocation va se préciser, c'est à dire devenir un spécialiste de la gestion du son, en terme d’électroacoustique. Un artisan technique au service d’un art : la musique. Van Gelder termine alors ses études, et débute ses expérimentations sonores.

Il installe son premier véritable home studio, construit et installé dans la maison familiale d’Hackensack. Ses salaires d’optométriste, serviront sa cause. La réputation grandissante de l’architecte sonore amoureux du Jazz précédait désormais Van Gelder au-delà des frontières d’Hackensack.

 

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De nombreux musiciens professionnels vont se "passer le mot" et venir participer aux "jam sessions" qui s'enchaînent dans le salon familial avec Lee Konitz, Zoot Sims, Gerry Mulligan, mais aussi Joe Mooney, un accordéoniste talentueux. Les techniques d'enregistrement sont novatrices et les musiciens très satisfaits des résultats obtenus. 

Les producteurs apprécient le perfectionnisme, l’organisation millimétrée et la rigueur méthodique de la captation sonore. Cette méticulosité et son goût pour les dernières innovations techniques, mais également sa compréhension intuitive des spécificités du Jazz vont propulser Rudy Van Gelder à la pointe de sa discipline.

Au tournant des années 1950, Rudy Van Gelder va également s'emparer et vite maitriser l’arrivée des premiers enregistreurs à bande. Il est toujours à la recherche des derniéres avancées technologiques. Il attire ainsi l’attention d’Alfred Lion, véritable Boss du label de Jazz indépendant Blue Note Records.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Modern Jazz Quartet (LP/160) Prestige Records en 1953 (Source : DXY) - 

 

Quelques années plus tard, lors d'un entretien Alfred Lion va reconnaître publiquement que Rudy Van Gelder possède "une bonne oreille pour le Jazz, et un bon feeling. Il n’était pas juste un homme qui restait assis auprès des contrôles et à regarder les aiguilles… Il écoutait." Si le son de Blue Note est né dans la tête d’Alfred Lion, c'est bien Rudy Van Gelder qui va  le concrétiser.

Le grand sorcier du son Blue Note va séduire par la suite les plus grands labels de la scène Jazz : Savoy, Prestige, Impulse, Verve, et CTI Records. Sans oublier des virtuoses comme Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock, Horace Silver, ou l'immense Lee Morgan.

La chaleur, la clarté et la précision sonore des enregistrements de Rudy Van Gelder étaient uniques. La qualité de ses prises de sons restent encore de nos jours étudiées dans les meilleures écoles de musique par des cohortes d'étudiants. Ses réalisations vont inspirer toute une génération de musiciens et de nombreux ingénieurs du son des générations.

 

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Mais revenons un instant au tout début de la naissance de Prestige Records, lorsque le label débute avec le nom de New Jazz Records. Entre la fin des années 1950 et au début des années 1960, environ 120 disques vont être publiés sous le nom du label New Jazz Records. De nombreux vinyles sortis par ce label sont devenus des pièces de collection recherchées.

Toujours au niveau des label "affiliés" à Prestige Records, plus particulièrement au début des années 1960, environ 40 Lp ont été publiés sur le label Moodsville, et à peu près le même nombre sur le label Swingville. Enfin, le label Bluesville va lui ausi publier environ 80 Lp dans la première moitié des années 1960.

Parmi les nombreuses personnes qui vont collaborer au sein de Prestige Records certaines marqueront l'histoire du Jazz, comme monsieur Edmond Edwards. Edmond Edwards va travailler comme producteur, ainsi que photographe et designer. Edwards a été l’un des premiers cadres Afro- Américains à réussir brillamment

dans l’industrie du disque.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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Yusef Lateef  (Prestige 712212/ LP) en 1957 (Source : 75 M.N.S® ) -

 

Edmond Edwards est né en 1927. Il signe un contrat de travail chez Prestige Records en 1957. Lors de sa carrière au sein du label, il va a créer de nombreux designs de couvertures de label. Il va y rester dix années, avant de prendre la tête du label Verve pour MGM Records  en 1967.

Edmond Edwards devient le vice-président du très prestigieux label Chess Records en 1970. Edwards va largement participer au maintien sur pied de cette institution de l'industrie du disque. Il va décéder en 2007. Une autre grande personnalité marquante monsieur Don Schiltten, prendra la suite, collabora et contribua à développer largement Prestige Records.

Don Schiltten va commencer sa longue carrière dans l’industrie du disque de Jazz en co-fondant le label Signal Records  en 1955. Il va produire de nombreux artistes de renoms dont Duke Jordan, Gigi Gryce ou Red Rodney. Avant que la compagnie Signal Records ne soit vendue à Savoy Records quelques années plus tard.

 

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Don Schlitten a continué en tant que producteur indépendant, principalement en découvrant de nouveaux talents pour le label Prestige. Il avait aussi un don pour la photographie et l’art visuel. Don Schiltten va ainsi créer de nombreux designs de couverture pour des labels de Jazz.

Au début des années 1970, Don Schiltten cofonde, avec Joe Fields, le label Cobblestone et deux ans plus tard le label Onyx. Plus tard, au milieu des années 1970, les partenaires ont mis fin à leurs collaborations. Joe Fields s’est retrouvé avec Muse, et Schlitten va fonder le label Xanadu.

Prestige Records va donc bénéficier de nombreux collaborateurs talentueux qui vont accompagner le label. Pourtant, le label n'avait pas très bonne presse auprès de certains musiciens. Effectivement, Prestige Records n'est pas toujours apprécié des musiciens en raison de ses pratiques commerciales jugées trop drastiques.

 

Référence musicale 7  (en bas d'article) -

 

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Roy Haynes (Prestige New Jazz 8287 / LP) en 1963 (Source : DS / 75 M.N.S® ) -

 

C'est de cette manière que le label Prestige a permis l'enregistrement de nombreux disques par des artistes majeurs qui n'auraient peut-être pas trouvé de porte ouverte ailleurs. Encore une caractéristique propre à une démarche qualitative mettant en valeur le travail de fonds des musiciens.

Tout comme son grand rival Blue Note Records, Prestige Records va réellement impacter et transformer la musique Jazz Afro-Américaine. Cet apport et d'ailleurs très vite reconnu par les meilleurs spécialistes et historiens spécialistes de musique Jazz. L'apport est musical, mais aussi visuel grâce à l'art développé pour mettre en exergue les splendides pochettes des vinyles. 

Plusieurs styles de graphisme de pochettes de disques vinyles vont se développer dans les années 1950, symbolisant les différents genres musicaux où parfois la façon dont les musiciens voient leurs propres créations. Le peintre Wassily Kandinsky (1866 – 1944), voit la peinture et la musique comme deux façons de se représenter d'une manière abstraite le monde.

 

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Le monde dans lequel nous vivons et la rencontre de ces deux formes artistiques sur un unique objet, le disque et sa pochette. Plus près de nous, d'autres artistes majeurs comme Salvador Dali ou Andy Warhol apporteront leur contribution au développement de l'illustration musicale. Des pochettes illustrant des époques sociales successives, comme le BeBop Jazz dans les années 1950.

Ce n'est pas un hasard si la compagnie de disques fait l'objet de travaux universitaires sur la musicologie dés la fin des années 1960. La qualité de ses productions, et le soin tout particulier apporté aux pochettes vont devenir légendaires. Les pochettes des disques Prestige illustrent justement ce renouvellement culturel de la musique Jazz.

Prestige Records va être finalement racheté par Fantasy Records en 1971. La plupart des séances d'enregistrement effectuées dans les studios Prestige Records sont aujourd'hui rééditées et bien distribuées par la compagnie Original Jazz Classics. Un label créé en 1949 à San Francisco par les frères Max Weiss et Sol Weiss, et finalement racheté en 1967 par monsieur Saul Zaentz.

 

 - Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Miles Davis en 1955 dans les studios Prestige Records (Source : BW)

 

"Plus en Détail"

 

Dans cette dernière partie, la rédaction du "Cercle Modernist" vous a choisi une sélection de 2 morceaux issus de la "Prestige Records 45's Jazz Play-List". D'une part le morceau " I'm In Mood For Love" par James Moody, suivi de Milt Jackson Quintet avec "Buhaina"

Une sélection permettant de découvrir avec plus de précisions, et de détails, la grande richesse de l'ensemble du catalogue du label Prestige Records réellement indispensable à toute collection de vinyles de Jazz.

 

 - Référence musicale (en bas d'article) -

 

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 - James Moody circa 1950  (Source : JM) -

  

James Moody and His Band "I'm In The Mood For Love"

Prestige Records (45-703) - 1950

 

James Moody est né le 26 mars 1925 à Savannah. Il va passer son enfance à Reading, dans l'état de Pennsylvanie, avant d'aller dans le New Jersey à Newark où son oncle lui offre son premier instrument de musique à 16 ans en 1941 : un magnifique et rutilant saxo alto.

Un peu plus tard, James Moody a le coup de foudre pour le sax ténor au cours d’un concert avec le grand Count Basie et Don Byas donné à l’Adams Theatre dans le New Jersey. Puis, entre 1943 et 1946James Moody s'engage dans l'U.S Army et joue dans un orchestre militaire.


Libéré, il entre dans l’historique Big Band de Dizzy Gillespie fin 1946. Il va ainsi bénéficier des conseils, des encouragements et de l'influence de Dizzy Gillespie, véritable père du Be Bop. Ses progrès seront alors fulgurants, en se trouvant dés 1946 aux côtés de Dizzy Gillespie, et Charlie Parker un des dieux de la nouvelle musique, le Be-Bop Jazz.

 

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La pratique et le jeu Be Bop deviennent vite les fondements de sa carrière de musicien. Comme Dizzy Gillespie, un bon vivant tout comme lui, Moody ne cessera de rendre le Bop accessible à tous. Au moment de l'arrivée du Rock'n'Roll, il fera même quelques séances mélangeant le Jazz à cette nouvelle musique populaire.

C'est lors d'un séjour en Europe, que James Moody enregistre une version de "I'm In The Mood For Love". Il s'était fait prêter un alto, mais manquait de pratique: les notes de son solo éblouissent, à la fois profondes et intelligemment choisies. Le morceau va d'ailleurs devenir un classique intemporel de la musique Jazz.

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James Moody dira plus tard qu'il était surtout occupé à trouver les bonnes notes sur son saxo alto. Mais, le résultat possède un vrai charme particulier, qui peut rappeler dans une certaine mesure le morceau "Body And Soul", joué magistralement par Coleman Hawkins en 1939.

 

Référence musicale 10  (en bas d'article) -

 

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- James Moody à New York City en 1954 (Source : HL ) -

 

Le passage de ce morceau sur les platines à été d'ailleurs particulièrement remarqué lors de l'hommage dédié au grand acteur Lino Ventura. Un "hommage spécial"

du 75 M.N.S® / Cercle Modernist et des Mods de la ville de Paris pour honorer un personnage inoubliable.

Une soirée Mod qui s'est justement déroulée dans une ancienne cave à Jazz située dans le mythique quartier de Pigalle à Paris. Plus exactement, c'est un ancien club détenu par monsieur Lino Ventura dans les années 1950. Un réel must offert avec très grand plaisir à l'élégante assemblée Modernist !

Pour revenir à James Moody, attiré par son talent, le chanteur King Pleasure va décider de mettre en place une collaboration. King Pleasure pose ses paroles sur le solo de Moody : le résultat est un franc succès aux USA. De ce fait, ce morceau sera constamment réclamé au saxophoniste lors de ses multiples tournées.

 

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James Moody était également un flûtiste accompli, et plusieurs albums des années 1950 mettent l'accent sur ce talent. A part un petit passage à vide, justement à l'époque des productions à la flûte, l'artiste était connu pour sa joie de vivre, et son goût du travail bien fait.

Il aura côtoyé quelques-uns des dieux de la musique syncopée, comme Miles Davis ou Thelonious Monk, même s'il a dû travailler comme musicien de variétés très régulièrement pour joindre les deux bouts, s'échappant vers le Jazz quand les circonstances s'y prêtaient.

Le saxophoniste, flutiste et chanteur James Moody est décédé le 9 décembre 2010 au San Diego Hospices des suites d'un cancer du pancréas. "Mon cher, doux et précieux mari est mort aujourd'hui (jeudi) à 13H07 après dix mois de lutte contre le cancer du pancréas", a déclaré Mme Moody dans un communiqué.

 

 - Référence musicale 11 (en bas d'article) -

 

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- Milt Jackson circa 1955 (Source : HJF) -

 

 Milt Jackson Quintet "Buhaina"

Prestige Records (1365) - 1955

 

Milton Jackson est un virtuose du vibraphone. Le vibraphone va devenir, grâce à lui et à Lionel Hampton, l'une des grandes "voix solistes" de la musique Jazz. Milton Jackson est né le 1er janvier 1923 à Detroit dans l'état du Michigan Comme de nombreux enfants Afro-Américains, Milton Jackson fréquente l'église avec son frère Alvin, qui deviendra un talentueux bassiste professionnel.

C'est durant cette période qu'il entend les premiers Gospels qui le marqueront à jamais. Un peu plus tard, il poursuit ses études à la Michigan State University. Ce cursus universitaire qui lui donne une solide formation théorique qui lui permet d'aborder des instruments aussi divers que le piano, la contrebasse, le violon, la guitare et le xylophone.

Après la Seconde Guerre mondiale, Milton Jackson joue à Detroit dans un quartet qu'il a fondé, The Four Sharps. C'est durant cette période que Dizzy Gillespie le découvre et l'entraîne à New York en 1945. De 1947 à 1948, Milt Jackson, qui a adopté le vibraphone, joue et enregistre avec les différentes formations qu'anime l'immense trompettiste de Jazz.

 

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C'est une période de sa carrière très riche où il côtoie l'élite du Jazz américain : Charlie Parker, John Lewis, Illinois Jacquet, Ray Brown, Fats Navarro, Kenny Clarke, Thelonious Monk ... la liste est vraiment trop longue pour être exhaustive.

De 1950 à 1952, il retourne dans la formation de Dizzy Gillespie au piano.

Durant ses prestation avec Dizzy Gillepsie, Milton Jackson est éblouissant au vibraphone. Il excelle avec son instrument de prédilection le vibraphone sur plusieurs thèmes splendides comme "Bags' Groove", "The Cylinder", "Ralph's New Blues", ou encore "Bluesology".

Le Milton Jackson Quartet trouvera sa forme et son équilibre avec le big band de Dizzy Gillespie dans les années 1940, quand John Lewis (au piano) et Milt Jackson (au vibraphone bien entendu) vont jouer avec Ray Brown (à la basse) et Kenny Clarke (à la batterie). Une formation de très haute qualité !

 

Référence musicale 12 (en bas d'article) -

 

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- Milton Jackson Quartet sur Esquire Records (20042/U.K) en 1955 (Source : 75 M.N.S®) -

 

Le groupe s’appelait à cette époque le "Milt Jackson Quartet" avant de changer de nom en 1952, l’année de sortie de leur premier album. Depuis leur début, John Lewis est le directeur musical, il apporte sa vision raffinée et classique du Jazz. Une direction qui sera ensuite tempérée par le Blues et le BeBop de Milt Jackson.

Ce nouveau son ne convenait cependant pas au batteur Kenny Clarke qui va quitter le groupe en 1955. En fait, Kenny ne pouvait plus supporter de jouer ce qu’il appelait du "Jazz de salon du XVIIIème siècle". Connie Kay les rejoint alors, ainsi que le bassiste Percy Heath qui avait déjà remplacé Ray Brown. Ce groupe durera jusqu’aux années 1970 avant d’être brièvement réformé dans les années 1980.

La tension musicale entre Lewis et Jackson est peut-être ce qui a permis au MJQ d’avoir une telle longévité. Ce morceau choisit "Buhaina" illustre justement cette force musicale. Le jeu de piano est tout particulièrement relevé avec de superbes envolées lyriques. Enregistré en 1955 le morceau a encore toute la puissance revendicative du message musical de ce Jazz militant.

Le son endiablé du vibraphone donne un Swing irrésistible à ce morceau, régulièrement plébiscité lors des sessions du "Club du Cercle Modernist". Le morceau va d'ailleurs connaître un franc succès international, comme l'illustre l'édition anglaise sur Esquire Records présentée ci-dessus.

 

Référence musicale 13  (en bas d'article) -

 

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Modern Jazz Quartet  (Prestige / 7058 /LP) en 1956 (Source: 75 M.N.S®) - 

 

Prestige Records c'est imposé comme un des plus grands labels de Jazz au monde. La  renommée de cette compagnie de disques est désormais légendaire. La plus grande partie des enregistrements des studios Prestige Records sont devenus des classiques de la musique Jazz.

Les disques produits par Prestige Records vont largement influencer la culture musicale Modernist. Au fil des différentes générations, de la fin des années 1950 en Angleterre jusqu'à notre début de XXIème siècle aux quatre coins du Monde, le son sophistiqué des vinyles du label Prestige résonne toujours dans les meilleurs Mod Clubs.

 

Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S®

 

Sources :

 

Guillaume Belhomme "Giant Steps, Jazz en 100 figures"

éditions Le mot et le reste, Paris, 2011

  

- Laurent Cugny  "Analyser le Jazz"

éditions Outre-Mesure, Paris, 2009

 

- Franck Bergerot "Le Jazz dans tous ses états"

éditions Larousse, Paris, 2006

 

- Noël Balen "L'odyssée du Jazz"

éditions Liana Levi, Paris, 2003

 

- Eric Porter "What Is This Thing Called Jazz? African American Musicians as Artists, Critics and Activists"

éditions University Of California Press, Londres, 2002.

 

Lucien Malson "Histoire du Jazz"

éditions Seuil/Solfèges, Paris, 1976 (mise à jour en 1994)

 

- Divers magazines ("Les Cahiers du Jazz", "Jazz Magazine", "Revue du Hot Club de France" ..).

 

 

Référence musicales :

 

- Sélection 1 : Lee Konitz Quintet "Tautology"

Prestige Records (101) - 1949

 

- Sélection 2 : Art Farmer Quintet & Sonny Rollins "Confab in Tempo"

Prestige Records (LP177) - 1954

 

- Sélection 3 : Thelonious Monk "Bye Ya"

 

Prestige Records (45-795) - 1953

 

 - Sélection 4 : Bennie Green Sextet "Say Jack !"

 Prestige Records (45-918) - 1956

 

 - Sélection 5 : Modern Jazz Quartet & Milt Jackson Quartet

"Vendome", Prestige Records (LP/160) - 1953

 

- Sélection 6 : Yusef Lateef "Meditations"

Prestige Records (7122) - 1957

 

- Sélection 7 Roy Haynes Cymbalism "Modette"

 Prestige New Jazz (8287 / LP) - 1963

 

- Sélection 8 : Miles Davis "Morpheus"

 Prestige Records (45-734) - 1952

 

 - Sélection 9 : James Moody and His Band "I'm In The Mood For Love" Prestige Records (45-703) - 1950

 

 - Sélection 10 : James Moody "Over The Rainbow"

Prestige Records (LP7072) - 1954

 

Sélection 11 : Milt Jackson Quintet "Buhaina"

 Prestige Records (1365) - 1955

 

 Sélection 12 : Milton Jackson " Soma"

Prestige Records (45-898) - 1956

 

Sélection 13 : Modern Jazz Quartet & Milt Jackson Quartet

"Opus De Funk", Prestige Records (7058 /LP) - 1956

 



05/02/2023
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