Le Cercle Modernist

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Saint Germain des Prés Paris Jazz Tradition

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L'entrée du club "Le Tabou" à Paris en 1950  (Source SJ®) - 

 

Cette approche est consacrée à la place éminente, et la profonde influence, de la musique et de la culture Jazz Afro-Américaine au sein du quartier de Saint Germain des Prés à Paris. Une profonde influence qui constitue un des grands fondements du corpus culturel Modernist spécifiquement Français.

Cet héritage, et racines, constituent effectivement une partie du corpus historique de la culture Mod Française, spécialement à Paris. Plus exactement à travers celle de la grande Joséphine Baker, et du Hot Club de France, en passant par la période de l'Harlem Renaissance à Paris.

Cette influence du Jazz Afro-Américain dans Saint Germain des Prés est des fondements de l'influence Hexagonale sur la culture des premiers Modernists en 1957/59. Les Mods précurseurs sont, en effet, particulièrement friands de l'authentique excellence de Française. Une culture de haute qualité forgée par la Nouvelle Vague et les grands stylistes précurseurs, comme Yves Saint Laurent, ou la Maison Dormeuil.

Une culture illustrant un style de vie que le 75 M.N.S®, et son organe de diffusion officiel "Le Cercle, Modernist", diffuse avec ferveur militantisme Mod. C'est pourquoi il est primordial de rappeler et souligner que cette culture du Jazz Afro-Américain est clairement une des premières sources d'inspiration pour toute une génération de jeunes Français, tout comme pour notre si riche culture Mod. 

 

- Référence musicale 1 (en bas d'article) -

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- Blason de la Ville de Paris (Source : BNF) -

 

Saint Germain des Prés

Paris Jazz Tradition

 

Le quartier de Saint Germain des Prés est situé dans le VIème arrondissement de la ville de Paris. Ce quartier historique fait plus précisément partie des 24 arrondissements administratif de la Ville Lumière. Pour mémoire, rappelons que la ville de Paris a la particularité d'être subdivisée en 4 arrondissements administratifs.

Ces derniers sont différents des 20 autres arrondissements municipaux qui sont des subdivisions territoriales des communes, distincts de ce fait des 24 arrondissements de l'administration publique de l'Etat dans la ville de Paris. Cette organisation administrative illustre la place centrale de la capitale dans le paysage

Hexagonal depuis l'Ancien Régime.

Le quartier Saint-Germain-des-Prés a la particularité de posséder, dès le XVIIe siècle, une véritable et profonde âme littéraire et intellectuelle. Effectivement, dès cette période, les artistes apprécient particulièrement les nombreux cafés et bars typiquement Parisiens, qui fleurissent dans ce superbe quartier.

 

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Dés le XVIIème siècle de nombreux établissements s'établissent dans le quartier de Saint Germain des Prés. Le premier de ces établissements est le Procope, qui ouvre ses portes en 1686. Pour la petite histoire, le Procope est ouvert par un  Arménien qui profite de la nouvelle mode de dégustation du café. En effet, le café connaît un grand succès après son introduction à la Cour de France.

C'est l'ambassadeur du Sultan de l'empire Ottoman (1648/1687) Mehmed V qui amène dans ses bagages et malles ce délicieux breuvage appelé café. Après le succés rencontré par le Procope, de nombreux autre établissements vont profiter ce cette mode, comme le café Landelle lieux de prédilection des Encyclopédistes.

Pour rappel, le fantastique travail des Encyclopédistes est à l'origine de la Révolution Française de 1789Les collaborateurs de l'Encyclopédie (dont Diderot, Voltaire, Montesquieu ..) sont les membres de la "Société de gens de lettres" qui ont contribué à l'élaboration du "Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers" de juin 1751 à décembre 1765, sous la direction de Diderot et D’Alembert.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- la terrasse du Café de Flore à Paris en 1965  (Source : ©RaynorDorke)) -

 

La production de dictionnaires et de grands ouvrages littéraires par les Encyclopédistes va effectivement constituer les bases de la réflexion et de la pensée Révolutionnaire issue du Siècle des Lumières. Le Ier juillet 1751 paraît le premier volume de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

C’est le début d’une aventure éditoriale sans précédent qui va bousculer les idées reçues en France et dans toute l’Europe. L’Encyclopédie en est l’ouvrage le plus représentatif, à une époque où un nouvel esprit philosophique se constitue, basé sur l’amour de la science.

Le quartier de Saint Germain des Prés est ainsi au coeur du changement séculaire. Cette partie de la capitale est indissociable des différents changements sociétaux intervenus à la croisée des chemins de l'Histoire, entre la fin du monde Moderne et l'Ancien Régime, la Révolution Française et le début de la Révolution Industrielle.

 

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Bien plus tard, après la Première Guerre mondiale, le quartier de Saint Germain des Prés va devenir le quartier des intellectuels. Il devient un haut-lieu de la culture à Paris. Pour exemple, l’un des premiers habitués du Café de Flore est le grand poète Guillaume ApollinairePuis, après la fin de la Première Guerre Mondiale, ce sont les écrivains André Breton et Louis Aragon.

Les deux amis font du Café de Flore leur quartier général, en y fondant le mouvement surréaliste en 1924De nombreux cafés, devenus des lieux mythiques, tels que le Café de Flore ou les Deux Magots vont accueillir de grands écrivains et penseurs. tels que Simone de Beauvoir, Jacques Prévert, Boris Vian, ou encore Jean Paul Sartre.

La jeunesse et les intellectuels sont alors animés par le désir de rompre avec l’ancien monde. Cette nouvelle jeunesse est férues et passionnée par les Arts, ils veulent écrire une nouvelle ère pour la littérature, le théâtre, la peinture, le cinéma. C'est durant cette période de l'immédiat après guerre, que la musique Jazz Afro-Américaine va  arriver en France et s'installer dans le paysage culturel.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Affiche du Paris Jazz Festival en 1964 (Source : 75 M.N.S®) -

 

Comme vous pouvez le lire dans l'article "Afro-Americans U.S Army Bands" dans la rubrique "Race Music / Jazz Au Clair" du "Cercle Modernist" la présence du Jazz en France est indissociable de la place et du rôle des Afro-Américains qui vont s'engager dans les rangs de l'U.S Army, dés l'entrée dans le conflit mondial des Etats-Unis en 1917.

L'arrivée du Jazz en France est en effet indissociable de la place et du rôle des Afro-Américains qui vont s'engager dans les rangs de l' U.S ArmyDans cette même démarche novatrice, cette fois-ci à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la musique Jazz Afro-Américaine va également jouer un rôle phare.

La culture et la musique Jazz Afro-Américaines vont largement influencer le développement du quartier, et de "l'esprit" de Saint-Germain-des-Prés dés les années 1950. Ce n'est pas un hasard si de très nombreux musiciens de Jazz, comme par exemple Miles Davis, viennent s'installer en France en trouvant dans les quartiers de la capitale un environnement très propice à leur épanouissement artistique.

 

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Depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, les Noirs originaires des Etats-Unis trouvent en Europe, et plus particulièrement à Paris, une liberté et un respect de leur personne humaine. Une situation beaucoup plus avantageuse que dans leurs pays d'origine, encore largement tenu par un racisme ségrégationniste du Deep South

Dans les différents boîtes de nuits et cafés de Paris, l'irrésistible musique Jazz de Sydney Bechet et Miles Davis font vibrer une population assoiffée de loisirs après des années de guerres et de souffrances. Cet amour pour la musique Jazz n'est pas entièrement nouveau en France et durant ces années 1950 c'est toute une jeunesse qui s'entiche de cette culture.

Au départ la musique Jazz est d'abord l'affaire d'une élite de précurseurs, comme lors de la création en 1932 du Hot Club de France par deux jeunes étudiants. Un club essentiel pour la musique Jazz en France, comme illustré dans l'article "Hot Club de France Hommage" dans la rubrique "Race Music / Jazz Au Clair" du "Cercle Modernist".

 

- Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- La cave du club Tabou à Saint-Germain-des-Prés à Paris en 1950 (Source : JM ) -

 

Les nombreux établissements de ce quartier de la Rive Gauche, comme le Café de Flore ou les Deux Magots, vont devenir les nouveaux lieux de rencontres des grands écrivains et penseurs tels que Simone de Beauvoir, Jacques Prévert, Boris Vian, Raymond Queneau ou encore Jean Paul Sartre. La jeunesse et les intellectuels sont alors animés par le désir de rompre avec l’ancien monde :  ils veulent refaire la littérature, le théâtre, le cinéma…

Dans ce nouvel ordre artistique progressiste, la musique Jazz Afro-Américaine joue un rôle phare dans le développement de Saint-Germain-des-Prés dans les années 1950. Dans les boîtes de nuits et cafés, le Swing irrésistible du Jazz de Sydney Bechet et de Miles Davis font vibrer et danser un Peuple Parisien littéralement assoiffé de liberté et de loisirs à la sortie de la période sombre de l'occupation et du Régime de Vichy.

Effectivement, de 1945 à 1950, le quartier de Saint-Germain-des-Prés va devenir un haut lieu de la vie intellectuelle et culturelle de la capitale de France. Ce sont les philosophes, les auteurs, les acteurs, les musiciens qui se donnent rendez-vous dans les modestes "bistros" et bars pour faire la fête, mais aussi pour échanger des idées et écouter du Jazz, musique indissociable à la Liberté.

 

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N'oublions pas que c'est durant cette même période, que sévit une véritable "Guerre du Jazz" qui oppose les tenants du style traditionnel du Jazz de la Nouvelle-Orléans au Jazz Be'Bop, considéré comme le Jazz moderne. Vous trouverez dans cette même rubrique "Race Music /Jazz Au Clair" du Cercle Modernist de nombreux articles relatif à ce débat fondateur dans l'évolution et la transformation de la musique Jazz Afro-Américaine.

De nombreux jeunes artistes Français, dont Juliette Gréco, Jean- Paul Sartre, Simone de Beauvoir, ou Jacques Prévert, vont être partie prenante de ce débat fiévreux de passionnés de Jazz Afro-Américain. C'est toute une foule juvénile qui sort de la guerre affamée de sens, et de culture. On connaît aussi la bande-son : le Jazz New Orleans de Sidney Bechet et le Be'Bop de Miles Davis.

L'exemple de la relation amoureuse de la grande Juliette Greco avec le génie du Jazz Miles Davis est certes très connu, mais il reste un cas emblématique qui illustre brillamment cette période d'or du Jazz à ParisLeur rencontre remonte au printemps 1949. Juliette n’a que 22 ans et se produit sur la scène du cabaret “Le Bœuf sur le toit" à Paris.

 

- Référence musicale (en bas d'article) -

 

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 Miles Davis et Juliette Greco en 1949 ( Salle Pleyel à Paris (SourceJ.P Charbonnier©/G.R) -

 

La jeune Juliette Greco chante des textes de Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert. Miles Davis, 23 ans, est de passage à Paris pour se produire au Festival de Jazz international à la salle Pleyel. C’est Michèle Vian, l’épouse de Boris Vian, qui les présente l’un à l’autre. Une rencontre qui va devenir véritablement légendaire.

Un témoignage permet de mieux saisir l'ambiance et l'importance du quartier de Saint Germain des Prés durant la fin des années 1950. Plus exactement, il s'agit d'un entretien, tiré du magazine "l'Express" publié le 25 avril 2005, avec Michel Legrand.

Ce dernier est un excellent Jazzman Hexagonal originaire du quartier Parisien de Montmartre. Michel Legrand (1932 - 2019) va être un des premiers musiciens de Jazz venant d'Europe a enregistrer auprès des grands maîtres Miles Davis et John Coltrane.

 

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 Michel Legrand nous explique tout d'abord qu'"En 1945, j'assistais à un concert de Dizzy Gillespie. Ce fut une claque, un coup de tonnerre. Je ne comprenais rien à ce que j'entendais. Pendant l'Occupation, le Jazz avait été interdit en France et voilà, tout d'un coup, cet orchestre extraordinaire qui, en un soir, révolutionnait totalement ma façon de concevoir la musique. Le lendemain, j'ai acheté mon premier album de Jazz. La nuit, j'ai commencé à traîner dans les clubs de Saint-Germain".

 La fête, le bonheur, la liberté, la folie. Après ce drame horrible du nazisme et de cette guerre meurtrière, Paris était un enchantement : la fête, le bonheur, la liberté, et la folie régnaient dans les rues de la capitale. C'est à partir de cette époque que les jeunes qui n'avaient "pas un rond", mais qui adoraient le Jazz se donnaient rendez-vous dans les beaux quartiers animés de la Rive Gauche à Paris.

La première étape était le Club Saint-Germain vers 9 heures du soir, souvent Alain Delon était assis à une table. Les orchestres de Duke Ellington, de Martial Solal ou de Claude Bolling commençaient à jouer et les couples se mettaient à danser sur les rythmes effrénés du Be'Bop Jazz. Puis l'ambiance se calmait, et un autre concert, plus intime, débutait avec des musiciens comme Stéphane Grappelli, Claude Luther, Sacha Distel. Ce dernier s'y produisait avec son quintette.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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-  Carte de membre Hot Club de France de Boris Vian en 1937 (Source : HCF ) -

 

Durant toute son existence, Boris Vian va littéralement baigner dans la musique sans pourtant l’avoir vraiment apprise d'une manière académique. Ce lien intime avec la musique est là dès sa naissance. Effectivement, ses parents lui choisissent un prénom provenant du célèbre opéra Boris Godounov de Moussorgski, inspiré d’une pièce de Pouchkine.

En fait, sa mère Yvonne Vian est une interprète douée d’opéra et de musique classique. Elle va dés son plus jeune âge assister à de nombreuses représentations pour écouter les œuvres de Debussy ou de Saint-SaënsLa jeune fille va également découvrir les ballets Russes. C'est plus particulièrement le jeune compositeur et pianiste Maurice Ravel qui la subjugue littéralement de par son jeu hypnotique.

Yvonne Vian va donc devenir chanteuse d'opéra en interprétant toutes sortes d’airs de sa voix de soprano, faisant la joie de son mari Paul Vian. Elle joue également des heures durant sur son piano à queue et quand ils perdront leur fortune, après la crise de 1929, elle se sépara de tout sauf de celui-ci. Pour la petite histoire, plus tard, alors qu’Yvonne habite un petit appartement, le piano est toujours là, occupant toute la place et il en fut ainsi jusqu’à son décès en 1976.

 

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Elevé dans cet amour pour la musique, Boris Vian (1920 -1959) va largement participer à l'essor du Jazz à Saint-Germain en lançant le Club Saint-Germain et le Tabou, où Charlie Parker joua à partir de 1948. A l'époque, on ne créait que pour le plaisir de créer. Décalé, Boris Vian se moquait des snobs. il avait même écrit une chanson à ce sujet le morceau "J'suis snob" (ci-dessous Référence musicale 6).

Une étonnante composition que pouvez écouter tout en lisant l'article consacré au Zazous dans la rubrique "Real Modernist Art" du Cercle ModernistDès l'adolescence, la musique Jazz fut pour Boris Vian une véritable passion qui devait durer jusqu'à sa mort. Pendant dix ans il va être le génial trompettiste de l'orchestre de Claude Abadie, figure célèbre du Tabou et du Club Saint-Germain. Boris Vian va adhérer au Hot Club de France dès sa création en 1932 (voir ci-dessus, la carte de membre).

Boris Vian va aussi écrire pour la revue Jazz Hot de savoureuses et puissantes chroniques. Véritable érudit de la musique Jazz Afro-Américaine, Boris Vian révéla aux Américains des morceaux oubliés dans leurs propres archives. Surtout, il approche aussi en critique exigeant une musique Jazz qu'à aucun moment il n'estime comme "mineure".

 

 - Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Numéro 11 du magazine Hot Jazz en 1936 (Source : 75 M.N.S® ) -

 

Les musiciens et le public étaient authentiques, et les gens qui géraient les clubs, de véritables passionnés. Il y avait de nombreux petits bars devenus "Clubs de Jazz" comme le River Boat, un club tenu par le tromboniste Mowgli Jospin, demi-frère de Lionel Jospin. C'était une toute petite cave, et on disait que c'était là que Guillotin avait inventé sa fameuse et terrible machine de la Révolution.

Durant cette période d'or une jeunesse douée et engagée, avec Jacques Demy, Louis Malle, Jean-Luc Godard et les autres voulaient changer le 7éme Art. La musique Jazz Afro-Américaine collait merveilleusement à leurs films. Privé d'un repère mélodique précis, le spectateur ne pouvait pas anticiper l'évolution de la musique et les personnages devenaient ainsi plus imprévisibles, plus mystérieux.

Ils étaient nombreux à fréquenter les clubs de Saint-Germain des Prés. Je pense à Roger Vadim, qui fit appel au génial Theolonious Monk pour la musique des "Liaisons Dangereuses", ou encore à Marcel Carné qui décrivit à merveille cette atmosphère dans le film essentiel "Les "Tricheurs", avec les exceptionnelles musiques de Dizzy Gillespie, Oscar Peterson et Stan Getz.

 

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 - "Le Vieux Colombier" Club de Jazz à Paris en 1949  (Source : S ) -

 

Saint Germain des Prés va pouvoir développer cette culture et amour de la musique Jazz Afro-Américaine grâce à la présence dans le quartier d'innombrables cafés, bars, et autres clubs. Dans un article intitulé "Vol au-dessus d’un nid de Zazous" début décembre 1948, le journaliste Pierre Berger décrit minutieusement ce tout petit territoire d’un kilomètre au coeur de la capitale.

C'est par exemple au sein du Club Saint-Germain que Boris Vian joue un rôle prédominant dans la découverte du Be'Bop, révélé à Paris en février 1948 lors du fameux concert donné Salle Pleyel par Dizzy Gillespie. De ce fait, le club devient véritablement un lieu de rencontre du Jazz contemporain. L'immense Duke Ellington va même s'y produire avec succès en juillet 1948

 Le Tabou, situé au numéro 3 de la Rue Dauphine dans le VIème arrondissement sur la Rive Gauche, fait partie des mythiques établissements de Saint Germain des Prés. Le Tabou va littéralement accueillir, puis accompagner, la grande famille des musiciens de Jazz. Plus précisément, c’est en 1947 que Fred Chauvelot créa le club dans la cave d’un petit bistrot sous le couvert de la loi de 1901.

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Le minuscule bar au rez-de-chaussée ne pouvait pas accueillir plus d’une quinzaine de personnes. En revanche le sous-sol de 8 mètres sur douze, auquel on accédait par un escalier étroit était souvent surpeuplé par un public composé d'intellectuels et de jeunes gens fascinés par le souffle novateur du Jazz Afro-Américain.

 

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Comme nous l'avons vu, c'est Boris Vian qui anime fébrilement les soirées du Tabou, avec son orchestre de Jazz amateur, dans lequel, il jouait de la trompette qu'il appelait affectueusement sa "trompinette". Très vite, ce jeune public précurseur est décrit par un journaliste du journal "Samedi Soir" comme une jeunesse dite "existentialiste". Pour la petite histoire, c'est effectivement la belle Juliette Gréco qui prononce la très fameuse phrase "Nous sommes des existentialistes".

C'est de cette manière que le mot et la mode vont être lancés. Avec ce battage médiatique, monsieur Guillonet le propriétaire du Tabou (un Toulousain ancien charcutier) pouvait se frotter les mains. Effectivement, monsieur Guillonet tripla, quadrupla, quintupla même ses bénéfices. On se bousculait au Tabou pour être vu en compagnie de Jean Paul Sartre ou Simone de Beauvoir, Albert Camus, ou Roger Vaillant.

Précisons tout de même que le propriétaire du club "Le Tabou", monsieur Guillonet, tout comme une grande partie des habitants originaires du quartier de Saint Germain des Prés étaient hostiles à ce public plutôt considéré comme une "faune nocturne" nuisible. Le propriétaire du club va même essayer, sans succès, de transformer le club en centre d'attraction (!!!) en 1945.

Malgré cette hostilité ambiante, Juliette Greco et sa bande d'amis renommés va faire du club "Le Tabou" son lieu de rendez-vous de prédilection. C'est ainsi que la cave du club va servir de lieu de concert et de danse. La profondeur et l'épaisseur des murs vont être utilisés pour ne pas déranger le voisinage et ne pas faire trop de tapage nocturne. Une démarche qui va être adoptée par une grande partie des clubs de musique Jazz dans la ville de Paris.

 

Référence musicale (en bas d'article) -

 

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 - L'entrée du "Tabou" Club à Paris circa 1950  (Source : SJ®) -

 

Cette période va donc profondément marquer l'influence de la musique Jazz Afro-Américaine l'ensemble de la culture Française. Une influence déjà assise dés la Première Guerre Mondiale avec l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 contre l'Allemagne PrussienneC'est effectivement la présence de nombreux soldats Noirs de l'U.S Army au sein de la capitale qui va fonder l'influence de la musique Jazz.

 

Parmi ces nombreux soldats Noirs engagés, le valeureux lieutenant du 369 régiment d'infanterie James Reese Europe (cela ne s'invente pas !) et son fameux orchestre de Jazz de l'U.S Army des Hells Fighters qui va jouer la musique lors du défilé de la Victoire du 11 novembre 1918.

Après leur participation, en hommage à leurs comportements valeureux et héroïques au cours de sanglants combats, les soldats Afro-Américains vont être invités à rester dans la capitale en échange de séances de concerts dans les parcs de la capitale. Ces nombreux concerts de musique Jazz vont littéralement irriguer et inonder la capitale Parisienne de cette culture Afro-Américaine.

 

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Au sujet de l'incroyable parcours et aventure de monsieur James Reese Europe, n'hésitez pas à vous reporter à l'article intitulé "Afro-American U.S Army Bands : Traditions et Influences" au sein de cette même rubrique "Race Music / Jazz Au Clair" du Cercle Modernist. Un article qui vous permet de mieux saisir l'importance de ce personnage incroyable et incontournable

Une influence renforcée par l'installation de nombreux artistes, musiciens, ou intellectuels Afro-Américains dans différents quartiers à Paris. Parmi tous ces artistes de renom, le Bluesmen Memphis Slim (1915/1988) qui va s'installer à Paris en 1962 ; ou encore Miles Davis qui est invité début 1949 à venir jouer dans un festival avec Charlie Parker et Sidney Bechet.

Par la suite le trompettiste découvre et tombe littéralement amoureux à 22 ans de la capitale en pleine effervescence existentialiste avec Sartre, Vian et la divine Juliette GrécoC'est avec Juliette Greco que Miles Davis va écrire une des plus belles histoires d'amour du monde Jazz. Son idylle avec la belle Greco va d'ailleurs le transformer durablement. Cet amour pour la France est d'ailleurs une suite logique, après les premiers jalons glorieux inscrits par l'immense Joséphine Baker, au tout début du XXème siècle.

 

 Référence musicale 10 (en bas d'article) -

 

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 - Juliette Greco et Sydney Bechet au Festival de Jazz de Paris en 1949 (Source : AGIP©) -

 

Soulignons que le succès du club "Le Tabou" va petit à petit s'effacer face à l'ouverture et au développement de nouveaux établissements se transformant en club de Jazz. Effectivement, l'ouverture du nouveau Club Saint Germain en 1948, situé sur le boulevard Saint Germain à Paris, va malheureusement entrainer la fermeture définitive du célèbre club "Le Tabou".

C'est d'ailleurs le même processus qui va toucher le Club Saint Germain durant les années 1960 face au succès des artistes de la vague dite "YeYe". Ces derniers, véritables produits marketing de l'industrie musicale, ont une démarche culturelle et musicale très éloigné de la démarche intellectuelle et musicale des artistes issus de la culture Afro-Américains, dont les musiciens de Blues et de Jazz sont clairement les représentants les plus en vus.

A ce propos, dans ce même ordre d'idées, il semble primordial de souligner le profond attachement du 75 M.N.S® pour la richissime culture et musique Afro-Américaine. Un ensemble culturel et musical représentant la véritable source d'inspiration des Mods authentiques précurseursA contrario de la vague musicale dénommée appelée "Ye Ye" qui va malheureusement dominer le paysage musical Hexgonal durant les années 1960.

 

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Cette dernière est plus une mode musicale, portée un merchandising en plein essor. qu'une authentique culture musicale, fondée et développée à travers le Jazz, le Blues et la Soul par les artistes Afro-Américains. L'histoire et l'influence de l'American Folk Blues Festival, mis en place dès 1962 par deux jeunes citoyens de la République Fédérale Allemande (RFA) passionnés de Jazz, illustre parfaitement ce profond entrisme culturel et musical.

De plus, ou surtout, ce mythique festival de Blues Afro-Américains va largement participer à la composition du corpus musical Modernist. Parmi les nombreux maîtres Bluesmen, l'incroyable épopée de l'icône Sonny Boy Williamson II (1894?1912/1965) va particulièrement marquer toute une génération, dont justement les Originals Modernist en Angleterre à la fin des années 1950.

Le pillage continuel, et systématique, des artistes "YeYe" de cette richissime culture musicale Afro-Américaine souligne indubitablement une différence fondamentale. Effectivement, il y à clairement une grande dissemblance entre une authentique culture Mod évolutive et a contrario une mode intrinsèquement passagère.

 

 Référence musicale 11 (en bas d'article) -

 

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Le quartier de Saint Germain des Prés à Paris est désormais devenu un des lieux mythiques qui a permis le plus bel épanouissement de la musique Jazz Afro-Américaine en Europe. Une période qui représente aussi la quintessence de la culture Française à la fin du XXème siècle.

De nos jours en 2023,  les clubs de Jazz à Paris sont du côté de la rue des Lombards, avec le fameux "Duc des Lombards" ouvert en 1984 et situé dans le quartier des Halles. Pas très loin de notre fameux quartier de Saint-Germain des Prés, le club de Jazz le "Caveau de la Huchette", situé au 5 rue de la Huchette dans le Quartier Latin, existe lui depuis 1948.

Cette profonde tradition, et savoir-être, de la culture Afro-Américaine à Paris constitue le tout premier fondement du corpus de la culture Modernist Française. Un glorieux héritage qui reste intemporel à travers le militantisme du Cercle Modernist, véritable organe de diffusion officielle du 75 M.N.S®, et nos prochaines célébrations.

 

Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S®

 

Sources :

 

Jérémie Kroubo Dagnini (dir.) "Musiques noires, histoire d'une résistance sonore", éditions du Camion blanc, Paris, 2016

 

- Philippe Carles "Le nouveau Dictionnaire du Jazz"

éditions Robert Laffont, Paris, 2011

 

- Jean Jamin et Patrick Williams "Une anthropologie du Jazz"

éditions CNRS, Paris, 2010

 

Gérard Bonal "Saint-Germain-des-Prés"

éditions du Seuil, Paris, 2008

 

Noël Balen "L'odyssée du Jazz"

éditions Liana Levi, Paris, 2003

 

- Lucien Maison "Histoire du Jazz",

éditions Seuil, Paris, 1994 (1ére édition 1976)

 

Gérard Montarlot "Le Jazz et ses musiciens"

éditions Hachette, Paris, 1963

 

- Divers magazines ("Hot Club de France", "Soul Bag", "Jazz Magazine", "Les Cahiers du Jazz")

 

Références musicales :

 

- Sélection 1 : Joséphine Baker "Paris, Paris"

Pacific Records (90/301B) - 1959

(enregistrement original 78Tours Mercury Records en 1949)

 

- Sélection 2 : Art Blakey "Nothing But The Soul"

 Blue Note Records (45/1626) - 1953

 

- Sélection 3 : Lou Donaldson "Play Ray"

Blue Note Records (45-1721) - 1958

 

- Sélection 4 : Billy Eckstine "One Sweet Kiss"

MGM Records (K11855) - 1954

 

- Sélection 5 : Miles Davis "Ascenseur pour l'Echaffaud"

Fontana Records (EP/460603ME) - 1958

 

- Sélection 6Boris Vian "J'suis Snob"

 Phillips Records (432033NE) - 1955

 

 - Sélection 7 : Hank Modley "Dig Dis"

 Blue Note Records (45-1797) - 1961

 

- Sélection 8 : Sidney Bechet "Buddy Bolden Stomp"

Columbia Records (EP/1014) - 1954

 

- Sélection 9 : Ray Charles "Kissa Me Baby"

Swing Time Records (274) - 1952

 

- Sélection 10 : Sidney Bechet, Claude Luter et son Orchestre

" Les Oignons" Vogue Records (Fr/V-45-01) - 1954

 

Sélection 11 : Stan Gets & Roy Eldrige "Les Tricheurs"

Barclay Records (EPFr/74024) - 1958

 



25/08/2023
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