Le Cercle Modernist

Le Cercle Modernist

Louis Jordan (1908-1975)

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 - Louis Jordan en 1945 (Source : VGH/BB) -

 

Louis Jordan

"The King Of The Juke Boxes"

 

Parmi les nombreuses carrières des vedettes musicales abordées par "Le Cercle Modernist", Louis Jordan fait sans aucun doute partie des personnages les plus cruciaux dans l'évolution, et la diffusion de la musique Afro-Américaine. Son apport pour la musique est fondamental : tant par sa dimension évolutive, que par son immense succès précurseur.

Louis Jordan est effectivement un artiste déjà apprécié par la toute première génération Modernist en Grande Bretragne à la fin des années 1950. Récemment encore, plus exactement à partir du milieu des années 1980, cet immense artiste va enfin être redécouvert. Certains de ses morceaux vont ainsi devenir de véritables hits dans les meilleurs clubs Modernists.  

 

 - Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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 - Programme de Concert à la Nouvelle Orleans en 1949 (Source : VGH/BB) -

 

"Absolutus Musica Juventus" 

  

Louis Jordan voit le jour le 8 juillet 1908 à Brinkley. petite agglomération située dans l'état de l'ArkansasBrinkley est une paisible et typique ville de l'état de l’Arkansas, éloignée d'à peine une centaine de kilomètres de Memphis, un des grands berceaux de la musique Blues. Notons que de nos jours, lArkansas reste sans aucun doute un des états les moins connu et visité du Deep South des Etats-Unis.

Pour rappel le Deep South constitue la région sud-est des Etats-Unis d'Amérique (qui inclus le nord de la Floride mais pas le sud de l’état), réputée pour sa langueur, ses rednecks, ses paysages de campagnes subtropicales et ses accents (le Yat ou le Drawl) souvent moqués par les américains blancs. Bref, c'est clairement l'Amérique profonde en quelque sortes, pensez à la scène du légendaire film des "Blues Brothers" de John Landis !

Le tout jeune Louis va grandir entouré par une aimante et très nombreuse famille, comme beaucoup d'enfants du Deep South durant cette époque les familles sont nombreuses. Louis Jordan est tout d'abord élevé par sa grand-mère qui s'occupe de lui durant ses premières années. Le jeune garçon va manifester très tôt un vif intérêt pour la musique, il commence ainsi très tôt son apprentissage musical. Son environnement familial est effectivement très favorable à cette activité culturelle de tout premier ordre.

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Plus précisément, son père, James Aaron Jordan, est un musicien accompli, ancien élève de W.C. Handy, membre de la formation des Rabbit Foot Minstrels et des Brinkley Brass Band ; il va lui donner quelques leçons de trombone avant de l’orienter rapidement vers la clari­nette (plus adaptée à la taille du jeune homme). De son côté, sa tante Lizzie Reid, pianiste au sein de la Mount Olive Baptist Church, lui apprend le solfège avec patience. La formation musicale du jeune Louis est complétée par des cours d’harmonie dispensés par Naomi Gettis, un professeur réputé de la ville.

Progressant rapidement, le jeune garçon peut effectuer des remplacements dans les différentes formations de son père. Durant ses vacances, il joue par exemple avec les Rabbit Foot Minstrels dans le cadre des tournées pour la fameuse Theater Owner’s Booking Association. Une association appelée aussi "Tough One Black Asses" par les artistes noirs qui dénonçaient ainsi leurs conditions de travail épouvantables. Une situation particulièrement récurrente durant cette époque tenue par une forte ségrégation raciale.

Au cours de cette même période, le jeune artiste se produit avec des formations régionales comme les Dixie Melody Syncopators et le Silas Green showEn 1929, ses études terminées, il décide carrément de devenir un musicien professionnel. Pour ses toutes premières prestations d'artiste professionnel, Louis Jordan rejoint à El Dorado, une petite ville pétrolière de l’Arkansas, la formation des Imperial Serenaders dirigée par le pianiste Jimmy Pryor, et le Belvedere Orchestra de Ruby “Junie Bug” Williams.

 

 - Référence musicale 2 (en bas d'article) -

 

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 - Carte du Deep South  Etats-Unis (Source : FED) -

 

Pendant cette période d’apprentissage, Louis Jordan acquiert une expérience qui lui sera fort utile lors de sa longue future carrière. Il maîtrise tous les types de saxophones ; soprano, alto, ténor et baryton. De plus, il élargit son répertoire en y incluant des morceaux et les airs à la mode que proposent ce type de groupes. Mais surtout, s’initiant au métier d’entertainer en devenant un véritable "Showmen"; Louis Jordan danse avec talent, tout en observant avec intelligence les réactions du public.

Louis Jordan commence alors a acquérir une petite renommée qui lui permet d'enchainer les différents contrats et ainsi parcourir la Pennsylvanie avec le Dr Sell’s Travelling Medicine Show. Lors de cette tournée, il rencontre, en 1932 à Philadelphie le trompettiste Charlie Gaines. qui est de 8 ans son aîné, il le prend rapidement sous sa protection. Musicien expérimenté, Charlie Gaines a enregistré avec Fats Waller, Clarence Williams et des chanteuses de Blues comme Elvira Johnson, Mary Stafford, Margaret Webster et Edith Wilson.

C'est donc le 21 décembre 1932, que les deux hommes vont faire partie de l’orchestre qui accompagne le déjà très connu Louis Armstrong lors de l’enregistrement des fameux "Medley of Armstrong Hits Parts 1 & 2". Pour la petite histoire, treize mois plus tard, le 23 mars 1934 exactement, le compositeur et pianiste Clarence Williams (qui également directeur artistique chez Okeh et l’un des personnages les plus importants du milieu du Jazz ) invite les deux amis à New York pour graver quatre faces, dont les fameux "I Can’t Dance" et "I Got Ants In My Pants" (morceaux contenant le premier vocal du saxophoniste).

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C'est en suivant les judicieux conseils du chef d’orchestre et ancien acteur Ralph Cooper, que Louis Jordan dé­cide de tenter sa chance à New York ; mégalopole qui reste un lieu de passage obligé pour tout jeune musicien ambitieux de cette époque. Ce voyage vers la Big Apple commence tout d'abord par une période probatoire de six mois nécessaire à l’obtention de la carte du syndicat des musiciens de la ville de New York. Après son obtention, Louis Jordan peut enfin rejoindre la formation de Kaiser Marshall, il va pouvoir se produire dans les endroits Hip de la ville comme l’Ubangi Club, le Harlem Opera House et bien entendu l’Apollo Theatre.

Louis Jordan va alors multiplier ses collaborations musicales, comme avec le violoniste Leroy Smith surnommé “The Colored Paul Whiteman” dont l’ensemble pratique un Jazz symphonique étonnant et novateur. Louis Jordan garde d'excellents souvenirs de cette période formatrice pour lui, comme le montre son témoignage dans un article pour "Blues Magazine": “Je suis resté un an avec Leroy. Nous nous sommes produits à Atlantic City et à Cleveland. En fait, j’étais le seul à jouer du Jazz et à im­proviser mais c’était un orchestre de qualité".

 En 1936 Louis Jordan franchit une étape importante pour sa jeune carrière en intégrant le Big Band de William Henri Webb dit Chick Webb. Durant le milieu des années 1930, Chick Webb est l’idole des danseurs des nombreux Clubs de New York comme le Savoy. Ses prestations auprès de Ella Fitgerald vont littéralement enflammer le public et le rendre très célèbre. L'ensemble de la nouvelle et jeune génération de batteurs, avec entre autres Gene Krupa, George Wettling et Cozy Cole, viennent admirer les shows de Chick Webb.

 

- Référence musicale 3 (en bas d'article) -

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- Affiche concert de Chick Webb & Ella Fitzgerald en 1938 (Source : HA) -

 

"Music Master Sunrise"

 

Dans le fameux orchestre de Chick Webb figurent des musiciens de très grand standing comme Taft Jordan, Sandy Williams, Teddy McRae et Wayman Carver. En plus, c'est le chanteur "crooner" Larry Linton, surnommé "Silver-Toned Tenor" (!!!) accompagné par la chanteuse Ella Fitzgerald qui assurent les parties vocales. Avec cette formation dirigée par Chick Webb, Louis Jordan enregistre une quinzaine de faces justement sous le nom de Chick Webb et aussi sous celui d’Ella Fitzgerald !

 Louis Jordan nous laisse d'ailleurs à ce propos un témoignage éclairant et attachant : "Je jouais de l’alto et je chantais. Chick était nain et bossu et assurément un grand batteur. C’était aussi un remarquable découvreur de talents mais pas un showman, et certaines personnes pensaient que j’étais le leader parce que j’annonçais les morceaux. J’adorais faire du jazz avec un grand orchestre et aussi chanter le blues. Mais je voulais surtout être un "entertainer". Je désirais jouer pour des millions de gens et non pour quelques initiés.

La bonne entente initiale va laisser la place à une nouvelle rivalité entre Louis Jordan et Chick Webb. De ce fait, Louis Jordan quitte la formation de Chick Webb en 1938. Il décide de mettre rapidement sur pieds sa propre formation avec avec l’aide de l’arrangeur Jessie Stone. C'est de cette manière que la formation The Elk’s Rendez-vous Band débute le 4 août 1938, dans le club du même nom exactement situé sur Lennox Avenue. Initialement le groupe est constitué de 9 musiciens, mais l’effectif va vite être réduit à six membres. The Elk's Rendez-Vous Band comprend alors le trompettiste Courtney Williams, le saxophoniste ténor Lem Johnson, le pianiste Clarence Johnson, le contrebassiste Charlie Drayton et le batteur Walter Martin.

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Très vite, et même si le groupe dépasse le plus souvent le nombre de cinq membres ; la formation se présente désormais sous le nouveau nom des Tympany Five. Le groupe joue régulièrement dans les clubs de la 52e rue à New York. Le 20 décembre 1938, le producteur J. Mayo Williams, responsable du département Race Records de la compagnie Decca, engage la formation des Tympany Five pour jouer avec le chanteur Rodney Sturgis, même si lors de la même séance, deux faces sont gravées sans Sturgis.

En 1941, Louis Jordan, qui est devenu un véritable leader au sein de son groupe,  quitte New York pour s'installer à Chicago où, grâce à Berle Adams, son imprésario (futur président de Mercury Records), il se produit au Capitol Lounge. Louis Jordan profite de son séjour dans les différents clubs de la Windy City pour améliorer ses prestations en y intégrant un "One Man Show" Sa nouvelle formation est composée par le trompettiste Eddie Roanne, le pianiste Arnold Thomas, le bassiste-showman Dallas Bartley et le fidèle Walter Martin. La formation rencontre vite un franc succès auprès d'un large public.

En 1941, le groupe effectue ses premiers enregistrements avec entre autres les morceaux "Mama Blues (Rusty Dusty Blues)" et "I’m Gonna Move To The Outskirts of Town". Dès leur sortie les morceaux se glissent aux toutes premières places du Harlem Hit Parade. Pour la petite histoire, en juillet 1942, une toute première grève des enregistrements est décrétée par l’American Federation of Musicians, La formation des Tympany Five devient très populaire, ils écument les plus belles et prestigieuses salles (qui vont devenir mondialement connues ...) comme l’Howard Theater (Washington), le Paradise Theater (Detroit), l’Apollo Theater (New York), le Coliseum (New Orleans) ou le Regal Theater (Chicago).

 

- Référence musicale 4 (en bas d'article) -

 

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 - Louis Jordan & The Tympany Five en 1944 (Source : VGH) -

 

 The King Of Juke Boxes 

 

A partir du milieu des années 1940 Louis Jordan va accumuler les hits : il devient incontestablement l’un des artistes les plus populaires de la musique Afro-Américaine toutes catégories confondues ! Il est sans aucun doute une des premières grandes vedettes Afro-Américaine. Ses succès et ventes sont effectivement impressionnantes : le mythique "Caldonia" de 1945 (repris par Dizzy Gillespie entre autres "Choo Choo Ch’Boogie" (1946)) va se vendre à plus d’un million d’exemplaires, chiffre astronomique pour l’époque. De même avec "Let’s The Good Times Roll" toujours en 1946 qui va atteindre les meilleures places dans les Rhythm and Blues Charts.

La liste des premiers succès de Louis Jordan ne s'arrête pas là, avec d'autres compositions comme tout comme avec "Boogie Woogie", "Plate, Saturday Night Fish Fry", ou "Run Joe", il atteint également les toutes premières places et les éloges des critiques musicaux. Les morceaux  "Is You Is Or Is You Ain’t My Baby" et "Ration Blues" vont même atteindre la première place au sein des Country Charts ! Le premier secret de cette réussite est à trouver dans son entourage. Louis Jordan va effectivement être entouré par les meilleurs compositeurs (blancs ou noirs) de cette période, comme Mike Jackson, Jessie Mae Robinson , ou Denver Darling. Ces nombreux et talentueux compositeurs permettent à Louis Jordan de littéralement se transcender par le biais de ses dons de showman et de musicien.

 

- Référence musicale 5 (en bas d'article) -

 

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 - Encart publicitaire BillBoard 1945 (Source : VHG) -

 

 Louis Jordan est un véritable maître conteur mettant en valeur des thèmes épicuriens comme les femmes, la gastronomie, les fêtes. Ses morceaux "Caldonia Boogie" et "Choo Choo Ch’Boogie" parlent justement de ces moments de festivités auxquels aspiraient les Afro-Américains après les épreuves difficiles de la période des guerres ; Louis Jordan cherchait effectivement a distraire et amuser son public grâce a son incomparable humour et sa voix claire parfaite et rapide.

Louis Jordan était aussi conscient des problèmes raciaux et sociaux de cette période, ces textes regorgent de citations à propos de cette problématique encore criante aux Etats-Unis durant les années 1940. Musicalement, le jeu à l’alto de Louis Jordan, clairement inspiré par Pete Brown, gagne clairement en assurance et devient plus personnel. De plus, son groupe est désormais vraiment prêt, et son répertoire est extrêmement varié et bien original.

Louis Jordan propose effectivement un ensemble hétéroclite avec des morceaux de Blues traditionnel comme "Hard Lovin’Blues", ou des Boogies avec "Pinetop Boogie Woogie", avec puis également des morceaux plus Jump très dansants et exotiques comme "Swinging In a Cocoanut Tree". Parmi tous ces fantastiques morceaux je n'oublie pas l'incroyable "June Tenth Jamboree" qui va donner le célèbre rythme shuffle qui va devenir omniprésent un peu plus tard parmi toutes les productions de Early Rhythm'n'Blues.

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Indubitablement, durant cette période la qualité de la musique proposée par la formation de Louis Jordan va atteindre littéralement des sommets. La prestation musicale et scénique est vraiment époustouflante, elle conforte les succès obtenus dans les Radios et les Charts dans tout le pays. Le plus étonnant, et incroyable même, c'est que sa formation va continuellement changer. Louis Jordan effectivement va être accompagné par des musiciens différents lors de la majorité de ses très nombreuses séances.

La liste de ses collaborateurs principaux est effectivement impressionnante : Courtney Williams, Eddie Roane, Aaron Izenhall (pour les trompettes), Kenneth Hollon, Josh Jackson, Stafford Simon (saxophone ténor), Al Morgan, Dallas Bartley, Bill Hadnott (contre­basse), Walter Martin, Chris Columbus, Shadow Wilson, Joe Morris (batterie), Carl Hogan, Bill Jennings (guitare). Une véritable écurie d'artistes musiciens de premier rang soudée par d'innombrables répétitions, en travaillant avec passion, professionnalisme, rigueur et un grand talent.

En plus de ces propres musiciens, des pointures de  très grand calibre vont aussi collaborer avec Louis Jordan : le pia­niste Bill Doggett / "Onion", le pianiste Wild Bill Davis / "Boogie Woogie Plate" ou "Tamburitza Boogie" (à l'orgue). Une autre grande caractéristique de Louis Jordan est son intégration des éléments de la musique des Caraïbes comme avec les touches exotiques sur "Early In The Morning". N'oublions pas évidemment les qualités originelles de saxophoniste de Louis Jordan, avec son jeu délicieux et rond et direct qui accompagne parfaitement un swing totalement intense.

 

- Référence musicale 6 (en bas d'article) -

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 - Louis Jordan en 1945 (Source : BM) - 

 

 Le groupe de Louis Jordan & The Tympany Five devient vite une véritable référence qui va inspirer les vedettes de son temps comme Roy Milton, ou Joe Lutcher. Les succès du groupe vont s'accumuler à une vitesse vertigineuse, tout comme les passages des Hits dans les nombreuses émissions radiophoniques. Comme je l'avais souligné auparavant, la radio a une importance primordiale dans la démocratisation de la Race Music, surtout durant cette fin des années 1940.

Louis Jordan va multiplier ses collaborations musicales, c'est durant cette période qu'il  joue et enregistre avec Bing Crosby, une autre vedette de la compagnie Decca. Mais, c'est incontestablement sa rencontre avec Ella Fitzgerald qui va marquer l'histoire des duos. Des morceaux comme "Baby It's Cold Outside" sont d'authentiques petites merveilles de swing et de complicité ; pour la petite histoire ce titre sera repris par le duo Ray Charles et Betty Carter quelques années plus tard. Louis Jordan va aussi enregistrer avec l'immense Louis Armstrong "Life Is So Peculiar" entre autres.

Louis Jordan est devenu une grande vedette de la musique de son temps. On l’entend régulièrement dans des émissions de radio prestigieuses, et il passe également dans les première émissions musicales de la télévision. Son nom est même utilisé dans des publicités nationales. Mais surtout, Louis Jordan devient une vedette du 7éme Art en participant activement à de nombreux courts-métrages et “Soundies” (petits films de la durée d’un 78 tours destinés à illustrer le son des Juke Boxes) comme dans "The Outskirts Of Town" (1942), "Jumpin’At The Jubilee" (1943), "Follow The Boys" (1944)  "Caldonia" (1945) , "Swing Parade" (1946), "Reet-Petite And Gone" (1947) et enfin "Look Out Sister" en 1948.

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Louis Jordan est un très grand acteur, il sait parfaitement mettre en exergue ses talents de musicien et de conteur à travers l'écran. Un événement tragique va malheureusement bouleverser sa vie le 26 janvier 1947, après une dispute, son épouse Fleecie Moore tente de le poignarder. Louis Jordan n'est pas atteint mortellement et il s’en tirera avec quelques jours d’hôpital ; mais le musicien restera évidemment marqué par cet épisode douloureux. Pour information, le nom de Fleecie Moore figure parmi les auteurs de nombreux Hits de Louis Jordan, dont le célébrissime "Caldonia".

Louis Jordan va changer de formation malgré ses succès toujours importants. Il met donc sur pieds un nouveau Big Band avec la précieuse aide d’Oliver Nelson. Mais cette nouvelle formule n’apporte rien de nouveau à Louis Jordan qui ne retrouve pas son énergie habituelle. En 1952, fatigué par d’incessantes tournées qui aggravent son arthrite, sans compter des problèmes personnels. Face à cette accumulation de problèmes, Louis Jordan doit se retirer provisoirement dans la ville de Phœnix.

En fait, même si il représente une légende vivante de la musique Afro-Américaine, sa popu­larité décline clairement : les ventes de ses disques diminuent et ses passages dans les médias également. Ses concerts attirent encore un public important, mais il ne peut plus tenir l'affiche durant plusieurs soirs. Louis est réellement fatigué, il a de plus en plus de difficulté a trouver des compositions de qualité pour renouveler son répertoire. De ce fait, le leader des Tympany Five décide de quitter Decca Records en 1954 pour rejoindre Aladdin Records et y sortir d’excellentes faces ("Girl, You Need A Whippin", "If I Had Any Sense I’d Go Back Home").

 

- Référence musicale 7 (en bas d'article) -

 

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- Article paru dans Cash Box en 1949 (Source : VHG) -



Louis Jordan est en fait comme de nombreux artistes de Rhythm'n'Blues : il subit un véritable "contre-coup" commercial face à l'arrivée du nouveau style musical à la mode dénommé Rock and Roll. Ironie de l'histoire, c'est lui-même qui a largement contribué à la diffusion de ce nouveau style musical ; mais, sa renommée de grand artiste du Rhythm'n'Blues va inversement lui fermer les portes du grand public. Ce public est plutôt attiré par le nouveau poulain de la compagnie Decca Records : le chanteur Bill Haley. Un chanteur, qui comble de l'ironie, s'inspirait largement justement de la musique  et du jeu de scène (pourtant inimitable !) de Louis Jordan !

Durant la seconde partie des années 1950, RCA Records va concentrer ses efforts autour de la promotion d’Elvis Presley : la vedette du Rock'n'Roll vend elle toute seule la moitié des ventes de disques de la compagnie. Estimant que la compagnie RCA n'avait pas assez d'intérêt pour sa musique, Louis Jordan va partir et signer un nouveau contrat pour la compagnie Mercury Records. Grâce a la composition d’un orchestre de tout premier ordre, formé par  Jimmy Cleveland, Ernie Royal, Budd Johnson, Charlie Persip, Mickey Baker, et Sam Taylor, tous rassemblés par le grand producteur Quincy Jones, il relance sa carrière en jouant d’excellentes reprises de ses anciens succès comme "Caldonia", ou "Early In The Morning".

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Ces succès poussent même Louis Jordan a reformer un petit groupe qu'il met sur pieds avec l'organiste Jackie Davis ainsi que la grande chanteuse Dorothy Smith. Malgré un nouveau petit succès obtenu grâce à la reprise du fameux morceau "Got My Mojo Working", cette expérience ne va pas perdurer. Louis Jordan va connaître une fin de carrière paisible, il trouve même le temps de revenir dans les studios d'enregistrement en signant pour différents labels : Warwick Records en 1960, Black Lion Records en 1962, Tangerine Records entre 1962 et 1963 (le label de Ray Charles), Pzazz Records en 1963, Black and Blue et Blues Spectrum Records  en 1973 et puis enfin JSP Records en 1974). Des labels avec qui il va continuer de produire une musique de grande qualité. 

Cette période est également marquée par un nombre important de tournées et de concerts pour jouer dans de nombreux Clubs. Des voyages qui le mènent en Angleterre (1962), en Asie (1964) et en France en 1973. Louis Jordan va aussi consacrer une partie de ses gains financiers et beaucoup de son temps (et de son amour !) en aidant de nombreuses associations d'entraides pour les plus démunis. Bien malheureusement, tout juste après un concert qu'il effectue à Sparks, dans l'état de NevadaLouis Jordan meurt subitement. Louis Jordan succombe effectivement à une crise cardiaque le 4 février 1975.

 

- Référence musicale (en bas d'article) -

 

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- Affiche de concert 1962 Apollo New York City (Source : BLM) -

 

Etrangement, Louis Jordan ne va être reconnu officiellement au sein  du monde musical que très tardivement au regard de son immense talent et de son énorme apport pour la musique Afro-Américaine, tout comme pour la musique contemporaine en général. Ce n'est effectivement qu'en 1983 que Louis Jordan intègre enfin le prestigieux Blues Foundation’s Hall of Famep ; puis quelques années plus tard (en 1986 exactement) le tout aussi connu Rock & Roll of Fame . Sa légende est désormais gravée dans la pierre pour l'éternité.

Louis Jordan restera éternellement le véritable représentant et précurseur de la culture musicale Noire des Etats-Unis. Une stature et une influence de tout premier ordre, désormais bien heureusement reconnue par tous. Il garde en outre une place toute spéciale pour beaucoup de Modernists à travers le monde. Incontestablement, Louis Jordan représente l'excellence, et la fantastique puissance des racines musicales qui ont littéralement forgé notre Mod'Culture

 

Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S ® 

 

 Sources :

 

- Sebastian Danchin "Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul", éditions Fayard, Paris, 2002

- Florent Mazzoleni, "L'odyssée de la Soul et du R&B", éditions Hors Collection , Paris, 2010

- Eileen Southern, "Histoire de la musique noire Américaine", éditions Buchet/Castel, Paris, 1992

- Francis Hofstein, "Le Rhythm'n'Blues", éditions PUF/Que-Sais-Je, Paris, 1991

- Divers numéros de "Blues Unlimited", "Soul Bag" et "Blues Magazine".

 

Références musicales :

 

- Sélection 1 : Louis Jordan and His Tympany Five "T-Bone Blues" - Jasmine Records ( Réédition 2012) / (1949 Decca Records 78Tours)

- Sélection 2 : Louis Jordan and His Tympany Five "Let The Good Time Roll" - Decca Records (9-23741) - 1950

- Sélection 3 : Chick Webb "In The Groove At The Groove" - Affinity Records (Réédition 1983) / (1939 Vocallion Records 78Tours)

- Sélection 4 : Louis Jordan and His Tympany Five "Lemonade" - Decca Recors (9-27324) - 1951

- Sélection 5 : Louis Jordan and His Tympany Five "Slow Down" - Decca Records (9-28088) - 1952

- Sélection 6 : Louis Jordan and His Tympany Five "Caldonia" - Decca Records (ED - 2029) - 1953

- Sélection 7 : Louis Jordan and His Tympany Five "You're Broke Your Promise" - Decca Records (24587) - 1949

- Sélection 8 : Louis Jordan and His Tympany Five "The Dripper" - Aladdin Records (45-3270) - 1954



25/11/2020
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