Le Cercle Modernist

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Blues 45's Libellus VIII : Special Texas Blues.

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 - Ep Lightnin' HopkinsStoryville Records (416) en 1964 (Source : SCU / 75 M.N.S ®) -

 

Cette rubrique "Blues 45's Libellus VIII" dédiée au Blues Afro-Américain, s'intéresse dans cet opus plus particulièrement au Texas Blues . Un style de musique Afro-Américain bien spécifique issue du tréfond des racines de cette musique Blues. Le Texas Blues est souvent plus méconnu que ses congénères, comme par exemple le plus populaire Chicago Blues, il est pourtant un des principaux contributeurs à l'émergence de cette musique au cours de la première partie du XXe siècle.



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Comme vous le savez, le Blues Afro-Américain est un des tout premiers fondements musicaux de la culture musicale Modernist originale, dès la fin des années 1950. Le Cercle Modernist est lui-même tout spécialement attaché à ce richissime héritage musical, cultivé depuis le début des années 1980 à travers la parution de différents "Modernist Fanzine" comme par exemple "Race Music". Avant de vous plonger dans cette approche dédiée au Texas Blues avec la rubrique "Plus en Détail", nous vous proposons en "avant gout" une sélection de disques vinyles exclusivement consacrés à ce style musical.



- Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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 - Carte de l'état du TexasEtats(Unis d'Amérique (Source : SBT) -

  

"Texas Blues"

Sélection du "Cercle Modernist"

 

* John Henry "Ragtime" Thomas "Cottonfield Blues" Herwin Records (209) - 1974 (réédition / Original 1927 / 78Tours Vocallion Records 1094)

 *Blind Lemon Jefferson "Lectric' Chair Blues" - Autogram Records (Germany RL306) - 1970

* Leadbelly "The Bourgeois Blues" - Playboy Records (119) - 1973

* John Henry "Ragtime" Thomas

* Lin'Son Jackson "Everybody's Blues" - Imperial Records (5851) - 1962

* T Bone Walker "The Reason" - Post Records (2002) - 1955

* Lightnin' Hopkins "Mojo Hand" - Fire Records (1034) - 1961

  * Wille Mae "Big Mama" Thornton "Hount Dog" - Peacock Records (51612) - 1953

* Smokey Hogg "Your Little Wagon" - Federal Records (45/12117) - 1953

 

- Référence musicale 2 (en bas d'article) -

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- Publicité Peacock Records en 1953 (Source : BRB) -

 

"Plus en Détail.."

Texas Blues

 

La Louisiane, ce grand état du sud des Etats-Unis situé prés des rives du Mississippi, est le plus souvent cité comme lieu d'origine de la musique Blues Afro-Américaine. Pourtant, comme nous l'avons déjà largement abordé dans différents articles de cette rubrique "Race Music / Blues" du "Cercle Modernist", la création proprement dite de la musique Blues Afro-Américaine n'est toujours pas clairement rattachée à un lieu géographique précis. Le Blues est bien entendu né dans le Deep South des Etats-Unis. Il est né plus exactement entre le Mississippi, la Louisiane, et le Texas.

Etrangement, le Texas est rarement associé au Blues original, le nom de cet état évoque plus souvent la musique Country pour le grand public. Il est vrai que de nombreuses villes de l'état du Texas sont des véritables places fortes de la musique Country, comme, par exemple la ville de Houston. La Country Music trouve elle directement ses origines dans les racines historiques des Etats-Unis. Plus exactement par le biais des musiques importées par les immigrés venant d' Europe au XIXe siècle, dont plus particulièrement d'Ecosse, d'Irlande et également d'Angleterre.

Pour sa part, la musique Blues, dénommée bien plus tardivement Texas Blues, apparaît dés le début du XXe siècle. Le Blues est donc présent au Texas bien avant son apparition dans la ville de Chicago, qui va pourtant faire connaître cette musique mondialement. De nombreux musiciens évoluant à Chicago vont d'ailleurs venir directement du Texas comme nous le verrons par la suite. Cette exode est celui d'une grande partie de la population Afro-Américaine qui fuit ainsi la misère, la ségrégation et le manque flagrant de perspectives dans les états du Deep South.

 

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Un exode qui va pousser dés le début du XXe siècle des millions de pauvres Noirs de ces états du Deep South vers les grandes villes industrielles, comme Chicago ou New York City. Ces populations littéralement déracinées vont apporter avec elle cette puissante et authentique musique Blues, qui a justement éclot et c'est développée dans ses états ruraux du Sud des Etats-Unis. Les plaintes et chants des esclaves ruraux des chants de coton qui composaient l'âme des premiers morceaux de Blues vont être remplacés par des morceaux relayant la souffrance de ces Noirs nouvellement citadins, mais toujours extrêmement pauvres.

La musique Blues va ainsi se répandre aux quatre coins des immenses Etats-Unis, chaque état va donc apporter une touche bien spécifique à cette musique Afro-Américaine. Une expansion territoriale du Blues que nous avons largement abordé dans cette rubrique du Cercle Modernist. Comme je vais le souligner avec insistance, la place de l'état du Texas au regard de la musique Blues est souvent ignorée, ou méconnue. Une situation étrange au regard de son rôle et de son active participation à la genèse de cet art musical majeur.

Les artistes musiciens originaires du Texas sont très nombreux,  mais ayant le plus souvent éclot hors de leur propre état ils vont être le plus souvent associé à d'autres villes dont est justement originaire la musique Blues. Un des exemples les plus criants est sûrement celui d'un des plus illustres Bluesmen, Lightnin' Hopkins. Ce dernier est effectivement né dans la ville de Houston au Texas ; mais Lightnin' Hopkins ne va connaître ses premiers succès que lorsqu'il s'installe en Californie dans la ville de Los Angeles, auprès de la compagnie de disques Aladdin Records en 1946.



- Référence musicale 3 (en bas d'article) -

 

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 - Carte relatant l'expansion de la musique Blues aux Etats-Unis d'Amérique (Source : MS/RC-AAME) - 

 

Comme je l'ai souligné dés les premières lignes de cette rubrique, les Bluesmen originaires de l'état du Texas sont très nombreux. De plus, le Blues étant présent dés le début du XXe siècle, les musiciens pratiquant ce style musical deviennent vite de véritables vedettes locales. Parmi ces précurseurs figure monsieur Henry Thomas dit "Ragtime" Thomas (1874-1960?). Henry Thomas a enregistré pour Vocalion Records entre 1927 et 1929. Son style musical était si unique que Thomas va intriguer les auditeurs et amateurs passionnés modernes.

Les enregistrements de cet artiste restent un témoignage inégalable de la musique afro-américaine de la fin du XIXe siècle. Henry Thomas était un fantastique chanteur de Blues. Mais, l’une des facettes les plus impressionnantes de ce personnage a été son utilisation de techniques de chant très spécifique. Les solos de Henry Thomas, ainsi que son incomparable jeu de guitare, vont laisser une profonde empreinte sur la musique et la culture Afro-Américaine. Bien entendu, je me permet de souligner que le choix des artistes, rattachés au Texas Blues, proposés dans cet article n'est pas exhaustif, tant le nombre est important.  

Henry Thomas est né dans la région de Big Sandy dans l'état du Texas. Il va jouer et grandir dans les rues de la ville de Dallas. Il va d'abord commencer sa vie par de multiples périples en vagabondant et en voyageant en train, comme beaucoup d'autres jeunes enfants Afro-Américains. Ses compositions sont éternelles, le solo de Thomas dans la chanson "Bull Doze Blues" est devenu par exemple la base de l’introduction dans le groupe de rock Canned Heat. Les exemples de ses reprises, ou littéralement de plagiat, sont innombrables et impossibles à citer !



- Référence musicale 4 (en bas d'article) -

 

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 - Publicité Vocalion Records /  Henry Thomas en 1927 (Source : TSHA) -

 

Henry "Ragtime" Thomas illustre parfaitement cette précocité de l'émergence de la musique Blues au Texas. La musique Blues est donc pratiquée dés les premières années du XXe siècle au Texas. D'autres artistes musiciens de grand talent vont aussi grandement contribuer à la diffusion de ce style musical Afro-Américain, comme Blind Lemon Jefferson (1893-1929). Bluesmen guitariste et chanteur, Blind Lemon Jefferson née dans la petite ville de Wortham dans l'état du Texas. Tout comme son lointain prédécesseur Lightnin' Hopkins il ne va pas faire sa carrière dans son état originel du Texas, il va devoir "s'expatrier" vers les villes industrielles beaucoup plus porteuses pour les musiciens Afro-Américain.

Comme pour beaucoup de pionniers et précurseurs du Blues Afro-Américain les informations sont le plus souvent rares, ou carrément inexistantes. En 1926, Blind Lemon Jefferson va enregistrer "Got The Blues / Lonesome Blues" pour la compagnie de disques Paramount Records, en 78Tours bien entendu. Son disque est un véritable succès auprès d'un large public, il est le premier artiste Noir à vendre autant de disques. Blind Lemon Jefferson a aussi la particularité d'avoir été le tout premier producteur de disque Noir, durant période dite de la "Race Music". Nombreux morceaux de ses morceaux vont traverser le temps et devenir de grands classiques (comme "Match Box Blues"). Blind Lemon Jefferson va avoir une grande influence, il est incontestablement une des toutes premières grande vedette Noir aux Etats-Unis.

 

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Le style spécifique du Blues joué au Texas va donc être lentement diffusé sur l'ensemble du territoire des Etats-Unis grâce à ses nombreux et talentueux Bluesmen qui vont voyager et parcourir cet immense pays continent. Le "son rural" du Texas Blues va parfaitement s'imbriquer parmi les autres styles de jeux, l'exemple du Chicago Blues est le plus criant. La profondeur et la puissance du tempo imposé par le Blues électrique de Chicago trouve bien ses racines dans le Texas Blues. De nombreuses compositions du Blues urbain de Chicago sont clairement inspirées par le Blues Texan plus rural et "Roots". La musique va non seulement voyager à travers le pays, mais elle va également s'entremêler avec les autres styles !

La musique Noire au Texas, le Texas Blues, a la spécificité d'avoir conservé certaines caractéristiques propres à l'héritage issue de l'Afrique. Plus précisément, cette influence Africaine initiale s'illustre par l’utilisation de polyrythmes, les modèles d’appel et de réponse de chant, et l’utilisation de tons pliés/slurred connus sous le nom des fameuses « notes bleues ». Les différents chants de travail des esclaves étaient complétement Africains, ils reflétaient aussi un grand effort collectif et la conscience de groupe des Afro-Américains.



- Référence musicale 5 (en bas d'article) -

 

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 - Encart publicitaire Blind Lemon Jefferson en 1928 (Source : FPL) -

 

Les grandes villes de l'état du Texas, comme Galveston/Houston/Dallas vont accueillir à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le début des années 1950 une importante vague d'Afro-Américains fuyant la misère des petites villes rurales de l'état. C'est de cette manière que de nombreux musiciens vont s'installer et vivre dans ces villes en créant ainsi de nouvelles scènes musicales. Ces différentes scènes des grandes villes du Texas vont voir éclore des artistes de grands talents comme Lighthnin' Hopkins comme nous l'avons déjà vu, ou encore Big Mama Thorton, ou T Bone Walker.

T Bone Walker (1910 - 1975) est un musicien très apprécié par les amateurs et passionnés de Blues Afro-Américain, même si il reste souvent méconnu par le grand public. T Bone Walker bénéficie en outre d'une place toute particulière dans le Pantheon des Bluesmen préférés par les Mods. Car, même si le Bluesmen va réellement rencontrer le succès dans d'autres villes comme celles de Los Angeles, ou de Chicago, T Bone Walker va rester lié toute son existence à ses racines Texane. Des racines authentiques qui dépassent largement le seul champs culturel qui vont surtout métamorphoser la musique contemporaine.

 

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T Bone Walker, de son véritable nom Aaron Thibaux Walker est née le 28 mai 1910 dans la petite ville de Linden, situé dans l'état du Texas. T Bone Walker va rester jusqu'au tout début des années 1940 au Texas, c'est dans cet état du Deep South qu'il va apprendre et forger son incomparable jeu de guitare. Un apprentissage que le jeune Aaron Thibaux Walker effectue avec précocité grâce à son entourage familial direct. Ce sont plus précisément ses parents qui sont musiciens ; mais c'est son beau père, qui joue au sein de la formation du Dallas String Band, qui va réellement lui enseigner la musique.

Le jeune T Bone Walker va également débuter précocement sa carrière de musicien en jouant à partir de l'âge de 10 ans en accompagnant des formations dans des clubs et bars de la ville de Dallas. Son intégration est très rapide dans le milieu des musical de la cette grande ville du Texas. Ses parents sont proches entre autres du grand Blin Lemon Jefferson. T Bone devient rapidement proche de Blind Lemon qui va s'occuper paternellement du jeune musicien en lui permettant de l'accompagner lors de ses prestations. De cette manière T Bone Walker va être littéralement modelé par l'expérience acquise auprès de ce grand maitre du Texas Blues.

 

- Référence musicale 6 (en bas d'article) -

 

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 - T Bone Walker en 1968 concert à Londres (Source : BM) -

 

Le Bluesmen Lighthnin' Hopkins (1912 - 1982) est sans aucun doute un autre remarquable exemple, dans tous les sens du terme, de cette profonde influence du Texas Blues sur l'ensemble des styles de Blues Afro-Américains. Lightnin' Hopkins né en 1912 à Centerville petite bourgade de l'état du Texas, sous le nom de Sam Hopkins. Il perd malheureusement très tôt son père qui meurt lorsqu'il n'a qu'à peine 3 ans. Vivant avec sa mère, ses frères et soeurs, le jeune Sam Hopkins va tout d'abord apprendre la musique avec les membres de sa famille.

Tout comme T Bone Walker et de nombreux enfants de la communauté Afro-Américaine le jeune homme va donc se forger musicalement dans le giron familial. Une famille qui joue régulièrement sur différents instruments de musiques avec passion et assiduité. Effectivement, ses frères sont eux musiciens et le tout jeune garçon veut déjà suivre cet exemple. Surtout, le jeune Lightnin' fait ses premières apparitions en public auprès de son cousin Algernon Alexander (1900 - 1954) dit Texas Alexander qui va justement jouer dans la formation de Blind Lemon Jefferson.

 

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Durant ces années de jeunesse Lightnin' Hopkins va avoir une vie de vagabond, une existence faite d'errances et de rencontres multiples. C'est d'ailleurs durant cette époque que Blind Lemon Jefferson va l'épauler en lui permettant d'encaisser quelques cachets pour vivre. Blind Lemon Jefferson se distinguait une nouvelle fois par son attitude, en confirmant sa stature et sa place de véritable "parrain" de la musique Afro-Américaine dans l'état du Texas. Ces musiciens et artistes formaient une véritable communauté qui pratiquait couramment l'entre aide et une mutuelle reconnaissance. 

Mais, Lightnin' Hopkins va lui aussi quitter son état natal du Texas pour rejoindre Los Angeles. Dès 1946 Lightnin' est lui aussi repéré par le label Aladdin Records avec qui il commence une collaboration qui va durer de longues années. Il reviendra plus tard au Texas lorsqu'il participera activement à la vague de renouveau du Folk Blues aux Etats-Unis. Le style de jeu de guitare sec, puissant et très singulier de Lightnin' Hopkins va séduire les nouveaux amateurs de Blues authentique. Une période qui va également voir l'explosion du British Blues, style justement particulièrement apprécié par les Mods.

 

- Référence musicale 7 (en bas d'article) -

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 - Lightnin' Hopkins en circa 1965 (Source : TS/LH) -

 

Je me permet une petite parenthèse au sein de cet article, pour m'arrêter un instant sur ce très "proche ancêtre" du Blues Afro-Américain : le British Blues. C'est un style de musique directement lié au Blues joué par des musiciens blancs dès le début des années 1960. Plus précisément, il est dénommé ainsi car c'est au Royaume-Uni qu'il va principalement se manifester. La culture Modernist est justement proche de cette tendance musicalE, de nombreux groupes Mods vont d'ailleurs débuter leur carrière dans le British Beat.

Mais, ce style va se transformer pour accompagner les différentes évolutions musicales lors des années 1960 (Beat, Pop et Psyché) pour finalement devenir très éloigné de sa matrice originale. Le British Beat va néanmoins largement inspirer toute une génération de talentueux musiciens. C'est un style totalement inspiré par le Blues Afro-Américain, une affiliation qui est revendiquée et assumée par ses musiciens blancs. C'est la période d'or de l'American Folk Blues Festival  qui illustre la nouvelle influence du Blues et son succès auprès du public.

 

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Le British Blues est porté par une multitude de groupes dont John Mayall & The Blues BreakersThe Cyril Davies R & B All Stars, ou encore les Yardbirds. The Yardbirds (composé entre autres par Eric Clapton , Jimmy Page et Jeff Beck) est un groupe originaire de la ville de Londres. Le groupe va jouer avec le grand harmoniciste et chanteur Sonny Boy Williamson II (1912 - 1965) lors du concert légendaire de 1963 au Crawdaddy Club de Richmond en Angleterre. Un concert légendaire, devenu une véritable référence fondatrice pour l'ensemble de la culture Modernist au fil des générations.

Ce concert de Richmond en 1963 entre l'immense maître Bluesmen Sonny Boy Williamson II, habillé d'un magnifique costume sur-mesure dès son arrivée en Angleterre, et les brillants et fougueux jeunes musiciens Anglais marque un moment de rencontre capital entre le monde des Bluesmen Afro-Américains et les jeunes gens blanc modernes issus des pays Occidentaux. La jeunesse du monde Moderne rencontre cette minorité Afro-Américaine en lui reconnaissant enfin une réelle valeur et reconnaissance, fait jusqu'alors dénié ou refusé par la ségrégation raciale des Etats-Unis.



- Référence musicale 8 (en bas d'article) -

 

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      - Affiche 1963 (Source : BB/BM ) -

 

L'influence du Texas Blues va marquer profondément de son empreinte le Blues contemporain. L'ancienneté de la présence de la musique Blues au Texas et l'expérience musicale acquise par ces grands Bluesmen, expliquent cette forte et profonde influence. De plus, il ne faut jamais oublier que la musique Texane est aussi variée que sa population avec un incroyable mélange de musiques Jazz, Blues, Cajun, sans omettre les musiques originales des différentes communautés de migrants qui vont peupler le territoire Américain dés le XVIIe siècle. Des puissantes références musicales issues des profondeurs culturelles du grand continent Américain.

Parmi tous les artistes musiciens du Texas Blues, le Bluesmen Leadbelly (1885 ? / 1949) fait incontestablement partie des figures les plus marquantes et des plus mystérieuses. Un artiste d'exception devenu une figure de référence légendaire. Leadbelly est un Bluesmen totalement méconnu jusqu'au travail de grande qualité de l'ethnomusicologue Alain Lomax qui va redécouvrir l'oeuvre de ce pionnier devenu une référence incontournable du Pre-War Blues Afro-Américain. Leadbelly, de son vrai nom de naissance Huddie William Ledbetter, fils de madame Wesley et de monsieur Sally Ledbetter.

 

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Leadbelly est née dans une grande plantation située près de Mooringsport, dans l'état de Louisiane. Comme pour beaucoup d'Afro-Américain au XIXe siècle (les registres de l'état civil étaient souvent négligés) sa date de naissance est sujette à caution. Effectivement, on place sa date de naissance à différentes dates : généralement en 1885, mais certaines sources la situent en 1888 ou plutôt en 1889. De plus, le jour même de sa naissance varie : selon les versions, entre le 20 janvier, le 21 janvier, le 23 janvier ou le 29 janvier ! La question est toujours sujette aux débats des spécialistes. 

Dès l'âge de cinq ans Leadbelly déménage avec sa famille dans la ville de Leigh, toujours dans cet état du Texas. C'est à cette époque qu'il reçoit son premier instrument de musique : un magnifique accordéon offert par son oncle. Il commence alors à apprendre la musique avec assiduité et grande passion. En 1905 le jeune Leadbelly commence déjà a gagner sa vie comme guitariste. En même temps pour améliorer et augmenter ses maigres gains, il fait aussi le dur et pénible métier d'ouvrier dans le bâtiment.

Pour la petite histoire, la légende fait de Leadbelly un véritable Casanova. Plus précisément, cette légende veut que durant cette jeunesse Leadbelly aurait fréquenté assidument prés de dix femmes par nuit (!). Mais, comme nous l'avons vu, tout étant un véritable séducteur, Leadbelly est aussi un grand bagarreur. Une méchante habitude qui va lui valoir un premier passage en prison. Mais ces histoires ne vont pas s'arrêter là : après une rixe Leadbelly tue un homme. Condamné à 20 ans de prison, Leadbelly est finalement libéré pour bonne conduite, sept années après le début de son incarcération.

 

- Référence musicale 9 (en bas d'article) -

 

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- Leadbelly circa   (Source : BM) -

 

C'est durant ces années de prison que Leadbelly va être découvert par les musicologues et chercheurs John et Alan Lomax. Ces derniers vont alors enregistrer prés de cent morceaux grâce à un équipement mobile d'enregistrement  de haute technologie de la Bibliothéque du Congrès. Ces enregistrements vont donc faire connaître Leadbelly avant même qu'il ne sorte de prison au début des années 1930. Un peu plus tard, en 1934 plus exactement, Leadbelly s'installe dans la ville de New York, c'est justement dans la Big Apple qu'il se marie l'année suivante en 1935.

Malgré sa série d'enregistrement pour l'American Record Corporation, Leadbelly ne va pas rencontrer le succès qu'il escomptait. Le musicien est vite confronté a des problèmes financiers, comme la plupart de ses collègues musiciens Afro-Américains. Les gains financiers engrangés lors de ses différentes prestations, de surplus non réguliers, ne suffisent malheureusement pas à le faire vivre correctement. C'est dans ce contexte difficile que Leadbelly est de nouveau arrêté et incarcéré en 1939 pour avoir participé à une violente bagarre.

 Au cours de la première moitié de la décennie, il enregistre pour la compagnie de disque RCA lors de séances d'enregistrement fait à la Bibliothèque du Congrès ainsi, que pour Moe Asch (le fondateur du label Folkways Records); En 1944 Leadbelly réalise ses meilleurs enregistrements pour Capitol Records en CalifornieEn 1949, il commence une tournée en Europe, mais il tombe malade. On lui diagnostique une sclérose latérale amyotrophique et il meurt à la fin de l'année à l'âge de 64 ans. Leadbelly est enterré au cimetière Shiloh Baptist Church à Caddo Parish près de Blanchard en Louisiane.

 

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Comme je l'ai déjà souligné avec force le Texas Blues ne se limite  pas au seul musicien jouant précisément dans l'état du Texas. Ce type de musique Blues est en fait plutôt définie par l'origine même du lieu de naissance, le Texas en l'occurrence. Notez, au passage, que cette approche n'a pas la prétention d'être un catalogue exhaustif des musiciens affiliés au Texas Blues. De ce fait, il comprend les premières années d'apprentissage des musiciens, des années totalement primordiales qui forgent littéralement le style musicale de chaque artiste.

Cet apprentissage musical est donc profondément marqué par la spécificité du son rural du Blues joué dans l'état du Texas. L'apport des Bluesmen pionniers, nous avons vu quelques uns, est vraiment primordial et permet de comprendre cette spécificité du Texas Blues. L'immense apport de Lightnin' Hopkins représente certainement une des plus brillantes illustration de la profondeur de l'immense champ culturel de ce style musical Afro-Américain. 

Big Mama Thornton (1926 - 1984)) fait elle aussi partie des très grandes icones de la musique Afro-Américaine issue du Texas. Effectivement, on oublie trop souvent que cette artiste d'exception puise directement ses racines musicales dans le territoire du Texas. Indiscutablement, Big Mama Thornton va marquer de son empreinte inégalable l'ensemble de la musique contemporaine. Notez, que cette très grande Dame va faire justement l'objet d'un article qui sera très prochainement disponible dans le Cercle Modernist.

 

- Référence musicale 10 (en bas d'article) -

 

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 -  Big Mama Thorton & The Muddy Waters Blues Band en 1965 (Source : JM) -

 

Les racines musicales du Blues Texan sont multiples et extrêmement variées comme nous l'avons largement constaté. Parmi toutes ces racines, une forte tradition de piano Blues constitue un de ses premiers fondements et même une constante musicale. Le piano est souvent  un instrument de premier plan dans les productions locales. Il faut également y rajouter des éléments de Ragtime, qui rappellent indubitablement eux aussi les racines originelles de la musique Afro-Américaine. Tout ses différents apports vont être d'abords popularisés par des compositeurs tels que Texarkana-né Scott Joplin (1868- 1917) immense pianiste/compositeur de différents styles (dont l'Opéra) connu pour ses compositions Ragtime ( dont le fameux "The Entertainer" en 1902 )

Cette grande variété correspond aux différents territoires de cet immense état, comme avec le Blues joué au piano qui s’est développé dans les camps de bois de l’est du Texas, ou dans les fameux "honky-tonks" prés de la ville de Dallas. Plus tard, c'est autour et par le biais de l'environnement plus urbain des villes, comme la ville de Houston, que va se développer le Blues. Un Blues plus contemporain qui utilise des instruments électrifiés, à la différence du Blues Texan original (roots) et plus rural agrémentés d'arrangements plus "primitifs" comme par exemple le Washboard.

Ce Blues Texan est plutôt indissociable du développement de la guitare électrique. En plus de T-Bone Walker, dont nous avons parlé précédemment, ces guitaristes innovateurs comprenaient entre autres des véritables "pointures" comme l'excellent Eddie Durham, qui a joué avec Buster Smith dans la formation des Blue Devils, et Charlie Christian, du groupe de l'immense clarinettiste compositeur et chef d'orchestre de Big Band Benny Goodman. C'est justement ce style de jeu de guitare proprement spécifique au Texas Blues qui va très largement influencer la musique blanche contemporaine à partir de la fin des années 1950.



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Les lieux qui vont accueillir et accompagner l'éclosion et le développement du Blues au Texas sont en fait nombreux. Tout d'abord, le port d’attache a toujours été Dowling street, dans le fameux quartier du Third Ward de la ville de Houston, une des grandes métropoles de l'immense Lone Star State. La ville de Houston est la place forte de la musique Blues dans l'état du Texas dés le début des années 1950. La ville de Houston va effectivement largement participer au développement de l'industrie du disques. Une industrie florissante et particulièrement prolifique dans cet état du Deep South des Etats - Unis.

De nos jours, des institutions reconnues comme le Houston Blues Museum, tout comme la Houston Blues Society rendent d'ailleurs hommage aux musiciens comme par exemple Lightnin' Hopkins. Ces institutions œuvrent à préserver les liens historiques profonds de la ville de Houston avec la musique Blues Afro-Américaine. Mais, comme nous l'imaginons facilement, la configuration de la ville est désormais bien différente de nos jours en comparaison aux mythiques années d'or du Blues. Même si cette musique Blues Afro-Américaine fait désormais partie importante de l'identité de la ville de Houston.

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Effectivement, dispersés à travers les quartiers de Third Ward et du Fifth Ward de la ville de Houston, la plus grande partie des anciens clubs de Blues étaient encore très prisés au milieu des années 1900. De nos jours, ils ne sont malheureusement plus que de simples souvenirs le plus souvent oubliés, mais aussi heureusement chéris par des amateurs passionnés. Des Clubs devenus mythiques comme le Miss Ann’s Playpen, le Etta’s Lounge, le Second Shady’s Playhouse et l'El Dorado Ballroom ont autrefois accueilli les plus grands Bluesmen de leur temps. La ville accueille encore néanmoins quelques petits Bars et Clubs qui jouent encore avec passion et militantisme du Blues original.



- Référence musicale 11 (en bas d'article) -

 

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 - Plaque commémorative de l'Eldorado Ballroom à Houston/Texas (Source : TSHA) -

 

Le style de jeu du Texas Blues est donc surement un des styles de musique Afro-Américaine les plus répandu ; alors que son existence même est souvent méconnue. L'influence de ses musiciens va littéralement bouleverser le champs musical contemporain en important au sein des différents styles la spécificité propre au Texas Blues. D'ailleurs, les dénominations très variées utilisées pour désigner de ce style de Blues illustrent l'omniprésence du "style Texan" qui représente tout simplement la persistance et la résonnance du Blues rural original.

L'attachement de la culture Mod envers le Texas Blues est directement issu des toutes premières générations Modernist qui avaient bien reconnues dans la puissance de ce style de musique les véritables pionniers et précurseurs de l'authentique musique Afro-Américaine. Au bout du compte, l'imprégnation du Texas Blues au sein de l'ensemble des musiques contemporaines valide en partie ce credo Modernist.

 

 

Alexandre Saillide Ulysse

75 M.N.S ®

 

Sources :

 

- Gérard Herzhaff "La grande encyclopédie du Blues", éditions Fayard, Paris, 2008

- Philippe Bas-Raberin "Le Blues Moderne 1945-1979", éditions Albin Michel, Paris, 1986

- Jacques Demètre et Marcel Chauvard 'Voyage au Pays du Blues', éditions CLARB, Levalllois, 1995

- Alain Lomax "Le Pays ou naquit le Blues", éditions Les Fondeurs de Briques, St Sulpice La Pointe, 2021

- Divers numéros des magazines "Blues Unlimited", "Soul Bag", et "Blues Magazine"

 

Références musicales :



- Sélection 1 : Lightnin' Hopkins "Mojo Hand" - Fire Records (1034) - 1961

- Sélection 2 : Wille Mae "Big Mama" Thornton "Hount Dog" - Peacock Records (5-1612) - 1953

- Sélection 3 : Leadbelly "The Borgeois Blues" - Playboy Records (119) - 1973 (original 78Tours Bluebird Records 1939) 

- Sélection 4John Henry Ragtime Thomas "Cottonfield Blues" - Herwin Records (209) - 1974 (original 78Tours Vocallion Records 1927)

- Sélection 5 : Blind Lemon Jefferson " Lectric Chair Blues" - Autogram Records (Germany - RL 306) - 1970 (original 78Tours Paramount Records 1928)

- Sélection 6 : T- Bone Walker "The Reason" - Post Records (2002) - 1955 

- Sélection 7 : Lightnin' Hopkins "Fast Life" - Harlem Recoirds (2331) - 1955

- Sélection 8 : Lightnin' Hopkins "Mistread Blues" - RPM Records (45X388) - 1953

- Sélection 9 : Leadbelly "See See Rider" - Not Now Music Records (133) - 2018 (original 78Tours Musicraft Records 1939)

- Sélection 10 : Wille Mae "Big Mama" Thornton "I Smell a Rat" - Peacock Records (5-1632) - 1954

- Sélection 11 : Lil'Son Jackson "Everybody's Blues" - Imperial Records (5851) - 1962



31/01/2021
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