Le Cercle Modernist

Le Cercle Modernist

Les Cahiers du Cinéma

 

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 - Affiche originale "A Bout de Souffle" en 1960 (Source : GDB/AFP) -

  

Initiés dés le début des années 1950, plus exactement en 1951,"Les Cahiers du Cinéma" ont incontestablement marqué l'histoire culturelle du 7éme Art. Cette revue spécialisée de haut vol va très largement influencer toute une génération de jeunes gens, en dépassant largement la sphère des cinéphiles passionnés.

Les Cahiers du Cinéma représentent pour nous Modernists du 75 M.N.S® de la ville de Paris une part importante des racines constituant les fondements de notre culture Modernist. Dés son apparition, cette revue, devenue mythique, va effectivement largement irriguer et inspirer toutes les sphères du monde culturel.

 

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Tout comme pour Joséphine Baker, ou Pierre Cardin, "Les Cahiers du Cinéma" sont de véritables piliers qui fondent la culture Modernist Française. Nos prédécesseurs Anglais avaient eux-mêmes fait de la culture cinématographique Française une des grandes influences dans l'émergence de leur culture Modernist  à la fin des années 1950.

La revue "Les Cahiers du Cinéma" incarne assurément l'esprit inimitable et le style original de l'authentique culture Française. Un culture Française qui va littéralement fasciner, et séduire une partie de la jeunesse durant les Trente Glorieuses (1945 à 1975), dont justement les Mods en France. Plus qu'une histoire des Cahiers des Cinéma cette approche a plutôt l'ambition de restituer l'esprit de cette période dorée.

  

 - Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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- Article magazine Télérama en 1959 (Source : TR/CDC) -

 

Naissance d'une Revue

 

L'histoire des "Cahiers du Cinéma" commence au début des années 1950 avec l' ambition folle de jeunes gens d’élever le cinéma au rang d’Art à part entière. Ils veulent prouver qu’Alfred Hitchcock, Howard Hawks ou Nicholas Ray sont les égaux des plus grands peintres et romanciers. Véritable aventure pour une génération fervente, "Les Cahiers du Cinéma" vont brillamment donner naissance à la Nouvelle Vague en influençant l'ensemble de la culture contemporaine.

C'est durant les premières années d'existence de la revue "Les Cahiers du Cinéma", plus précisément entre 1951 et 1959, que Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, Eric Rohmer, Jacques Rivette, entre autres, vont littéralement révolutionner la critique cinématographique. Ces autodidactes de génie vont devenir les figures de proue de ce mouvement qu'on va donc appeler la Nouvelle Vague.

 

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Toute cette aventure débute dans un tout petit local, situé à Paris dans le VIIIe arrondissement aux Champs-Elysées. C'est dans ce lieu exigu que Jacques Doniol-Valcroze, Lo Duca et Léonide Keigel mettent en forme le premier exemplaire d’une nouvelle revue voulue par André Bazin les Cahiers du cinéma. Notons que dés le premier numéro la couverture de la revue est déjà jaune. Une couleur jaune vive qui va vite devenir un véritable signe de ralliement, pour tous les cinéphiles passionnés aux quatre coins de la Terre.

L'histoire des "Cahiers du Cinéma" c'est d'abord le récit d'une grande famille de coeur dont André Bazin est le père spirituel. André Bazin est l'unificateur entre les Doniol-Valcroze, Kast ou Astruc, et les autres jeunes cinéphiles frondeurs tels Truffaut, Rivette ou Rohmer. Dans cette famille, on ne parle que de cinéma, avec l'objectif affiché et revendiqué de rechercher la véritable modernité.

 

- Référence musicale 2 (en bas d'article) -

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- 1er numéro des "Cahiers Du Cinéma" en 1952 (Source : CDC/FC) -  

  

Ces jeunes gens regardent clairement et sans complexe vers les Etats-Unis et les studios de cinéma d' Hollywood en Californie. Les réalisateurs novateurs de génie sont mis en avant : Welles, Renoir, Rossellini, Hitchcock et Hawks. L'objectif sous jacent est, de, littéralement, déclarer la guerre, et de se débarrasser de la "tradition française cinématographique".

Sous leur forme initiale, la revue des Cahiers représente une véritable rupture avec les goûts cinématographiques d'après la Seconde Guerre Mondiale. Ces critères avaient été définis par le muet et le cinéma classique Français particulièrement friand d'adaptations littéraires clinquantes, de drames en costumes ou comédies. Incontestablement, la revue des Cahiers du Cinéma va changer le consensus en défendant une tout autre conception du cinéma.

 

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Pour ces jeunes et intrépides critiques, le cinéma était bien plus qu’une industrie du divertissement. Leur credo est que le cinéma représente un véritable art naissant qui comptait déjà quelques grands maîtres, comparables à Velázquez ou à Proust dans leur domaine. La revue s'inscrit dans une démarche profondément novatrice et moderniste. Bien entendu, il n'est aucunement question de la culture Modernist initiée en Angleterre à la fin des années 1950.

Cette démarche novatrice est qualifiée de moderniste (avec un e) plutôt dans le sens d'une démarche à la dimension innovante et intentionnellement tournée vers ce qui est contemporain et nouveau. En 1959, Jean-Luc Godard résumait cette démarche en ces termes : " Nous avons gagné en faisant admettre le principe qu’un film de Hitchcock, par exemple, est aussi important qu’un livre d’Aragon. Les auteurs de films, grâce à nous, sont entrés définitivement dans l’histoire de l’art"

 

- Référence musicale 3 (en bas d'article) -

 

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- Claude Chabrol et Jean-Luc Godard dans les locaux des Cahiers du Cinéma en 1959 (Source : LCN) - 

  

Nés au début de la Guerre Froide juste après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans un climat de plus en plus tendu entre les deux blocs représentés par les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Soviétique, les talentueux rédacteurs des Cahiers du Cinéma se distinguèrent par leur esprit critique et indépendant.

Pour ces jeunes critiques cinématographiques, c'est l'ensemble du corpus cinématographique qui doit désormais être mis en exergue. Les nouveaux cinéastes, et leurs techniques novatrices, vont ainsi être défendus avec force et de façon cohérente ;  dans l'objectif déclaré de les inscrire dans le contexte de l’histoire de l’art.

 

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Cette démarche novatrice durant les années 1951-1959 va aboutir en véritable triomphe lorsque François Truffaut reçoit le Prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1959 pour son fantastique et inoubliable film "Les 400 Coups". Les critiques du monde entier qui avaient d'abord méprisé ou rejeté la radicalité de Cahiers du Cinéma, n'hésitent plus désormais a encenser d'éloges la revue.

C'est aussi durant cette même période que les Cahiers du Cinéma vont largement contribuer à faire connaître bien au delà de l'Hexagone le nouveau cinéma français. C'est à travers la revue que le style et la touche spécifique du nouveau cinéma Français va apparaître aux yeux du public international. Un public international qui va très vite reconnaître la pertinence et la qualité des analyses proposées par la revue.

 

- Référence musicale (en bas d'article) -

 

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 - Jean Seberg et François Truffaut en 1960 (Source : RTD/AFP) -

 

Dés la fin des années 1950 en Angleterre, les premiers Mods / Modernists sont déjà très fortement influencés par ce cinéma continental européen qui souffle un vent de renouveau. L'esthétique, et l'esprit, du nouveau cinéma Français, et plus particulièrement celui de la Nouvelle Vague vont très largement inspirer ces premiers jeunes gens férus de costumes italiens et de musique Afro-Américaine.  

De nombreux moments bouleversants, désormais emblématiques, tout d'abord relatés par les Cahiers du Cinéma, sont également devenus des iconographies totalement incontournables pour la culture Mod : les faux raccords entre Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg descendant les Champs-Élysées dans le chef d'oeuvre  "A Bout de souffle", ou le Jazz inimitable de Miles Davis accompagnant le drame de Louis Malle " Ascenseur pour l’échafaud".

 

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Ces différents moments devenus emblématiques bouleversèrent totalement l’idée que l’on se faisait, jusque-là, du cinéma et de ses différents moyens d’expression. "Un film est quelque chose qui dure. Ce n'est pas un simple produit de consommation, c'est une oeuvre", disait le grand réalisateur Eric Rohmer qui fut un des remarquables rédacteurs en chef des Cahiers du Cinéma de 1958 à 1963.

 Lors de leurs débuts, les Cahiers du cinéma se sont d'ailleurs faits connaître en découvrant (avant toutes les autres critiques cinématographiques) à Hollywood quelques pépites, des films d'auteurs là où l'Europe ne voyait que des produits puérils et sans envergure. C'est incontestablement grâce aux écrits des critiques des Cahiers du Cinéma que des réalisateurs comme Ford, Hawks ou Hitchcock sont devenus de véritables cinéastes pour les lecteurs de la revue.

  

- Référence musicale 5 (en bas d'article) -

 

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- Couverture Cahiers du Cinéma en 1957 (Source : CF/DR) -

 

L’histoire des Cahiers a été façonnée par des individus d'exception, mais leur influence va rester immuable grâce au projet collectif qui a uni les générations successives de rédacteurs. Comme précisé auparavant, c'est tout d'abord, monsieur Hervé Bazin qui va jouer un rôle crucial durant les premières années de la revue des Cahiers du Cinéma. La revue n'avait pas encore acquis la renommée d'excellence dont elle va pouvoir se prévaloir à la fin des années 1950.

Hervé Bazin va effectivement réussir l'exploit de trouver un véritable équilibre entre les différentes fortes personnalités composant la rédaction de la revue. La vie de Bazin, et celle des Cahiers, ne se croiseront que pendant sept ans ; mais sa pensée va littéralement imprégner la revue. Pour sa part, François Truffaut va faire de l’entretien un véritable nouvel outil de critique qu'il va diriger avec force et conviction contre le cinéma français dominant de l’époque.

 

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Pascal Bonitzer, scénariste réalisateur et critique qui a contribué à la revue durant de nombreuses années, réussit a donner une définition synthétique claire sur l'influence des Cahiers sur son époque"Les Cahiers ont révolutionné la manière de voir le cinéma . La revue pensait complètement différemment le cinéma par rapport à la critique mainstream c’est cela qui était séduisant. La critique mainstream méprisait Hitchcock et Hawks qu’elle considérait comme des faiseurs commerciaux, les "Cahiers", eux, disaient que non."

Les critiques cinématographiques des "Cahiers du Cinéma" sont bien celles d'un mouvement qui se veut en totale opposition au cinéma dominant après la Seconde Guerre mondiale. En l'occurrence, il s’agit d’un style de cinéma plus traditionaliste (d’après 1945), un cinéma qui souhaite incarner un rempart contre l’américanisme en incarnant une certaine "qualité française". Ce sont bien deux visions opposées du monde du cinéma qui s'affrontent !

 

- Référence musicale 6 (en bas d'article) -

 

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- Affiche du film "Le Feu Follet" 1963 (Source : 75 M.N.S®) -

 

Reconnaissance Internationale

 

Ce cinéma dit classique est réalisé par des réalisateurs qui veulent mettre en valeur la culture Française traditionnelle en adaptant, par exemple, de nombreuses œuvres littéraires classiques telles que Maupassant. Surtout, l’accès au poste de réalisateur ne s’obtient que par une sorte de cursus Honorum cinématographique qui doit être validé par les réalisateurs en vogue comme Claude Autant-Lara, Jean Delannoy, Yves Allegret, ou encore René Clément.

Ce cinéma a pour caractéristique une certaine extravagance pour les costumes et des budgets de production plutôt conséquents. Il en résulte un classicisme cinématographique (comme par exemple avec "Le Diable au Corps" du réalisateur Claude Autant Lara en 1947). Un film très critiqué par les journalistes de la revue qui reprochent justement à cette école la place donnée au support littéraire ; et surtout le fait de ne pas considérer le cinéma comme un art à part entière.

"L' Âge d’or du cinéma français" connu comme celui du cinéma de "Tradition et Qualité" couvre la période 1947 et 1957. Période au cours de laquelle une moyenne de 109 films par an est produite ! Le cinéma français a vécu en vase clos durant la Seconde Guerre Mondiale avec l’Occupation et la honteuse Collaboration, période faste pour le cinéma du point de vue économique avec, entre autres, la réussite de la société cinématographique "Continental Film" généreusement financée par le régime Allemand Nazi.



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À la Libération, l'ensemble du monde du cinéma Hexagonal souhaite poursuivre dans la même voie, avec les mêmes méthodes et le même personnel : adaptations littéraires de prestige (Stendhal, voire un Zola aseptisé..), costumes et décors somptueux, dialogues brillants, tout cela proposé par des personnages soumis à une pesanteur moralisante.

Cet ensemble composait donc ce que l’on nomme avec fierté la "Tradition de la Qualité". A contrario, pour sa part, le nouveau cinéma mis en exergue par les Cahiers du Cinéma souffle un vent de renouveau et de liberté. François Truffaut appelle à une authentique reconnaissance du cinéma comme un Art à part entière indépendant, à l’authenticité de ses créateurs et au respect d’une spécificité artistique.

La dénonciation du cinéma classique en France par les jeunes et virulents critiques de la revue de la revue est aussi une revendication de l'importance du travail de réalisateur. Quand Truffaut publie "Une certaine tendance du cinéma français" en janvier 1954, il rencontre des résistances même de la part d’André Bazin, La rupture suggérée par Truffaut, puis la Nouvelle Vague, est radicale pour son époque. 

 

- Référence musicale 7 (en bas d'article) -

 

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 - Affiche originale du film "Ascenseur pour l'échafaud" en 1958 (Source : 75 M.N.S®) -

 

La revue va être incontestablement influencée par différentes cultures, le plus souvent très novatrices, comme celle issue des Etats-Unis d 'Amérique. Cette influence est facilement décelable dans les films de la Nouvelle Vague elle-même irriguée par la la modernité américaine. Cette caractéristique explique en partie la rapide adoption de cette Nouvelle Vague Française par le mouvement culturel Modernist Anglais à la fin des années 1950.

Effectivement, il semble que ce soit la même attirance pour la modernité, l'authenticité, et la liberté qui fascinent et séduisent tant les jeunes réalisateurs et techniciens de la Nouvelle Vague en France ; tout comme pour la toute première génération de Mods en AngleterreJean Paul Belmondo et Jean Seberg dans le chef d'oeuvre du réalisateur Jean Luc Godard "A Bout de Souffle" vont effectivement marquer et influencer toute une génération.

 

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Car n'oublions pas que la Nouvelle Vague est surtout le résultat des réflexions et souhaits de transformation du cinéma Français par les jeunes critiques de la revue. Ces jeunes ne se limitent à la critique, ils passent aux actes c´est-à-dire derrière la caméra. Avec l'aide du progrès techniques de l´époque (caméra légère et bon marché, pellicule moins sensible à la lumière du jour ..), ils se lancent enfin concrètement dans la réalisation.

 Une des caractéristiques de ces films désormais considérés comme des chef d'oeuvre du 7éme Art est le coût minime. Les budgets vont souvent très modestes : Claude Chabrol tourne par exemple son film intitulé "Le Beau Serge" grâce à un héritage familial. Même si ces très jeunes réalisateurs n´ont quasiment aucune expérience, dans la mise en scène ; ils vont se lancent "à corps perdus" dans cette aventure.

 

 - Référence musicale 8 (en bas d'article) -

 

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 - Jean Pierre Léaud et Marie France Pisier en 1962 dans "Antoine et Colette" de François Truffaut (Source : CMF) -

 Le film "Antoine et Colette" interprété en 1962 par l'acteur fétiche de François Truffaut Antoine Doinel et la magnifique actrice Marie France Pisier est emblématique de toute cette période. Le jeune héros du film, Antoine Doinel, a dix-sept ans et vit à Clichy, il travaille dans une usine de fabrication de disques.

Lors d’un concert aux Jeunesses Musicales il est attiré par une jeune fille. Elle s’appelle Colette. Une relation naît entre eux, c'est le début d'une longue histoire qui, en fait ; a débutée fortuitement grâce à une petite annonce. En 1958, François Truffaut est déjà connu pour ses textes très virulents dans Arts et Les Cahiers du cinéma. Mais il commence à prendre ses distances par rapport à la critique, voulant maintenant se consacrer pleinement au cinéma.

 

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A cette époque, François Truffaut a déjà réalisé un court métrage, Les Mistons, avec Bernadette Lafont, qui a reçu un accueil enthousiaste. Il poursuit son travail en écrivant le scénario du futur grand succès "Les Quatre Cents Coups". C'est à ce moment qu'il faut trouver un jeune garçon pour endosser le rôle d'Antoine Doinel (d'abord appelé Antoine Loinod), ce jeune garçon frondeur, mal aimé, placé dans un centre pour jeunes délinquants.

C'est donc comme cela que François Truffaut fait éditer une annonce dans le jouranl France-Soir. A la fin de l'année 1958, plusieurs centaines de candidats vont se présenter pour les auditions. Rapidement, c'est Jean-Pierre Léaud qui s'impose en passant brillamment chaque étape du processus, jusqu'au choix final de François Truffaut. Une aventure fascinante entre Jean Pierre Léaud, et son personnage Antoine Doinel, qui va durer vingt années.

 

- Référence musicale 9 (en bas d'article) -

 

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- Jean Pierre Léaud en 1968 , "Baisers Volés" de François Truffaut  (Source : CHDC) - 

    

 Les Cahiers du Cinéma vont contribuer à l'élaboration et au développement de nombreuses nouvelles approches. Tout d'abord, la revue va donc jouer une part active dans l’élaboration d’une théorie novatrice du cinéma en l'inscrivant d'une manière pérenne dans le paysage artistique. Une démarche qui va atteindre ses objectifs en bousculant l'ordre traditionnel.

Puis, la revue va aussi introduire et irriguer sa démarche cinématographique par la pensée issue du structuralisme, et de la psychanalyse de Jacques Lacan. En s’ouvrant aux pensées nouvelles, comme justement le structuralisme ou la psychanalyse lacanienne, la revue envisage le cinéma comme un art politique à part entière.

 

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Les objectifs de la psychanalyse Lacanienne sont identiques à ceux de la psychanalyse Freudienne : il s’agit de réduire la souffrance, de dénouer les conflits psychiques, par le biais de la parole et l’analyse des lapsus et des rêves. A l'identique de cette démarche, pour les Cahiers l'introspection cinématographique doit également permettre de dépasser les dogmes pour créer une renaissance de cet art.

Pour Lacan, en effet, c'est à travers nos mots et nos songes que l’inconscient s’exprime. Notons que Lacaniens et Freudiens s’accordent aussi sur une idée essentielle : ce sont les fantasmes sexuels infantiles et les événements oubliés de l’enfance qui forment le contenu de l’inconscient et sont à l’origine de nos névroses d’adultes.

 

- Référence musicale 10 (en bas d'article) -

 

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 - Jean Seberg et Jean Paul Belmondo dans "A Bout de Souffle" en 1960 (Source : TR) -

  

Cette volonté des jeunes critiques de la revue des Cahiers du Cinéma, tout comme celle de la Nouvelle Vague, de s'inscrire dans la modernité explique en partie, comme je l'ai déjà souligné, l'attirance des jeunes précurseurs Anglais de la culture Mod à la fin des années 1950. Ces nouvelles générations ont soif de nouveauté, elles veulent retrouver une certaine liberté en se débarrassant des oripeaux du passé.

D'un côté de la Manche, en Europe Continentale, les nouvelles générations d'après la Seconde Guerre Mondiale veulent bâtir un monde nouveau transformé par la modernité contemporaine. La similitude est frappante entre ces jeunes Anglais férus de culture musicale Afro-Américaine , et ces jeunes critiques français des Cahiers du Cinéma.

 

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C'est la passion pour le Jazz Afro-Américain qui est incontestablement le point commun entre ces différents milieux. Effectivement, la Nouvelle Vague est intimement liée au Jazz Afro-Américain. L'influence des grands films précurseurs de la Nouvelle Vague constitue une part importante de l'iconographie Modernist.

L'impact de la culture Jazz Afro-Américaine sur l'ensemble de la société représente incontestablement une des grandes mutations contemporaines, les musiciens de Jazz Afro-Américain vont introduire la Cool Attitude et le cosmopolitisme urbain culturel qui fait disparaître les frontières. Les Cahiers du Cinéma vont justement s'inscrire dans cette voie authentiquement avant-gardiste.

 

 - Référence musicale 11 (en bas d'article) -

 

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- Couverture 40éme anniversaire des Cahiers du Cinéma (Source : 75 M.N.S®) -

    

Durant les années 1980, les rédacteurs annoncèrent un retour au cinéma américain, avec lequel la revue avait rompu au cours des années rouges, sous l’influence conjuguée de l’althussérisme et du maoïsme. En Steven Spielberg, George Lucas et Francis Ford Coppola, ils saluèrent la nouvelle génération d’artistes Hollywoodiens. Cependant, de par son déroulement et ses motivations, cette réconciliation différait radicalement de la première rencontre des Cahiers du Cinéma avec Hollywood.

Le projet spécifiquement esthétique et moderniste qui avait conduit les critiques vers les grands maîtres œuvrant au sein du système des studios se voyait désormais remplacé par un modèle vidé de tout contenu radical et conforme à l’opinion dominante. Le défi consistait désormais à parler des films commerciaux, surtout hollywoodiens, dans un registre plus noble que les magazines de cinéma lambda. Mais le message délivré était au fond le même : ne ratez surtout pas la dernière sortie.

 

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En 2020, dans un contexte de crise sanitaire globale, une partie de l'équipe des Cahiers du Cinéma va claquer la porte de la rédaction suite au rachat du mensuel par un collectif d'entrepreneurs et de producteurs français. Lors de la restructuration des Cahiers, c'est monsieur Marcos Uzal, ancien critique émérite du journal Libération, qui est nommé comme nouveau rédacteur en chef pour continuer l'aventure de cette revue devenue mythique.

La revue fête ses 70 ans en 2021 en choisissant de sortir une couverture (voir ci-dessus) qui rappelle intentionnellement celle du tout premier numéro paru en avril 1951. Un e couverture devenue légendaire avec une photo de Gloria Swanson, héroïne du film "Sunset Boulevard" réalisé par Billy Wilder. Ce numéro très spécial comprend également un entretien avec Jim Jarmusch, et une liste de 70 films (!!!) défendus en leur temps par la revue des Cahiers du Cinéma, et malheureusement oubliés depuis.



 - Référence musicale 12 (en bas d'article) -

 

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- Cahiers du Cinéma en 1988 (Source 75 M.N.S®) - 

 

 La revue Cahiers du Cinéma laisse incontestablement une trace indélébile dans l'histoire culturelle de l'Art du Cinéma. La revue d'André Bazin va bousculer les dogmes ambiants, en mettant en forme une démarche cinématographique totalement moderne et novatrice.

L'impact et l'influence de cette revue va toucher l'ensemble de la société contemporaine durant la seconde moitié du XXe siècle. Dépassant largement le monde du cinéma, c'est la perception de l'ensemble de notre environnement qui va être profondément transformée par l'introduction de ces nouveaux concepts.  

 

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La culture, et le mouvement, Modernist en France sont indissociables du nouveau souffle insufflé par la revue spécialisée d'André Bazin. C'est l'ensemble du monde Modernist qui est désormais intimement lié à l'ensemble de l'oeuvre de cette revue d'Avant Gardiste.

Au début de ce XXIe siècle, la culture Modernist chérie avec respect le souvenir de la revue des Cahiers du Cinéma. Une scène Modernist qui immanquablement connaîtra une véritable Renaissance à la fin de cette période de pandémie sanitaire.

 

Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S®

 

Sources :

 

 - Antoine de Baecque " Les Cahiers du Cinéma : Histoire d'une Revue", éditions Cahiers du Cinéma, Paris, 1991

 

- Michel Chion "La Musique au Cinéma",

éditions Fayard, Paris, 1995

 

- Michel Marie "La Nouvelle Vague : Une école esthétique",

éditions Nathan, Paris, 1997

 

- Jean Louis Passek "Dictionnaire du Cinéma",
éditions Larousse, Paris, 2001

 

- Jean Luc Godard "Histoire du Cinéma",

éditions Gallimard, Paris, 2006

 

- Divers numéros des magazines et revues :

 

"Les Cahiers du Cinéma",

"Revue d'études cinématographiques",

"La Revue du Cinéma"

 

 

Références musicales :

 

- Sélection 1 : Miles Davis "Ascenseur Pour l'échafaud",

Fontana Records (Fr / 660231), 1958

 

 - Sélection 2 : Lionel Hampton "Railroad No.1",

Glad Records (G0004), 1960

 

- Sélection 3 : Ramsey Lewis "I Love Paris",

Argo Records (5336), 1959

 

- Sélection 4 : Horace Silver Quartet "Finger Poppin",

Blue Note Records (1740), 1959

 

- Sélection 5 : Bill Doggett "Tailor Made",

King Records (4720), 1954

 

- Sélection 6 : Lou Donaldson "LD Blues",

Blue Note Records (1663), 1957

 

- Sélection 7 : Mose Allison "Don't Get Around Much Anymore",

Prestige Records (130), 1958

 

- Sélection 8 : Googie René "Big Foot",

Class Records (239), 1958

 

- Sélection 9 : The Three Sounds "Going Home",

Blue Note Records (1726), 1959

 

- Sélection 10 : The Red Garland Trio "Billy Boy",

Prestige Records (125), 1958

 

- Sélection 11 : James Moody Orchestra "Dissapointed",

Prestige Records (141), 1959

 

- Sélection 12 : Ike Quebec "Dear John",

Blue Note Records (1748), 1959



29/08/2021
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