Le Cercle Modernist

Le Cercle Modernist

Elmon Mickle (1919 - 1977)

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 - Elmon Mickle circa 1954 (Source : M. Leadbitter & D. Stolper)

  

Elmon Mickle, plus connu par ses surnoms de Model "T" Slim et de "Driftin' Slim", est un grand artiste musicien de Blues Afro-Américain malencontreusement peu connu par le grand public. Il bénéficie pourtant d'une aura légendaire auprès des spécialistes et passionnés de Pure'Blues.

Elmon Mickle est particulièrement révéré et écouté par les Mods, c'est d'ailleurs en partie grâce au British Blues qu'il va être redécouvert. L'écoute attentive de ce Bluesmen permet de comprendre la puissance et l'originalité de l'oeuvre musicale qu'il nous lègue.

 

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Un musicien forgé par un apprentissage musical puisé dans racines de la musique Afro-Américaine auprès des deux plus grands harmonicistes de Blues : John Lee Williamson (1914-1948) dit "Sonny Boy I ", et Aleck Miller  (1899*- 1965) dit "Sonny Boy II Williamson".

Plongeons nous dés maintenant dans la riche et trépidante existence de Model "T" Slim, ce très grand Bluesmen qui va énergiquement participer à une période fondatrice pour la musique Afro-Américaine qui influence toujours encore profondément la scène Modernist internationale.

 

- Référence musicale 1 (en bas d'article) -

 

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- Edmond Mickle (Source : BLU) -

 

Elmon Mickle le 24 février 1919 dans la ville de Keo, située dans le "Natural State" bordant le fleuve Mississippi du "Deep South" : l'Arkansas. Comme de nombreux jeunes Noirs aux Etats-Unis, le jeune homme grandit dans un environnement favorable à la musique. Il accompagne sa famille qui chante et participe activement au groupe musical de leur paroisse.

Elmon va donc apprendre à jouer des instruments dès son plus jeune âge, en débutant par la guitare, puis l''harmonica. Il se rend très vite compte qu'il a une préférence pour cet instrument de musique à vent : l'harmonica. C'est d'abord sous l'influence de l'immense John Lee "Sonny Boy" Williamson I (1914-1948) qu'il perfectionne, avec entrain et assiduité, sa technique de jeu à l'harmonica.

 

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C'est donc John Lee "Sonny Boy" Williamson II qui va être le premier musicien à lui montrer comment souffler, et jouer, dans un harmonica. L'écoute de ses incroyables et puissantes phases de jeux à l'harmonica illustre brillamment cet apprentissage studieux auprès de ce grand maestro ; qui va d'ailleurs demeurer son maître tout au long de sa carrière en reprenant très souvent nombre de compositions.

En 1937Sonny Boy I sort son premier morceau "Good Morning Little School Girl" sur le légendaire label Bluebird Records. Ce morceau, avant de devenir un des grands classiques intemporels du Blues Afro-Américain, remporte dès sa sortie un franc succès auprès de public. Sonny Boy Williamson I devient ainsi une des premières grandes vedettes de Blues Afro-Américain, qui va être très justement auréolé d'une mythique renommée mondiale.

 

- Référence musicale 2 (en bas d'article) -

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 - Little Rock dans l'Arkansas durant les années 1940 (Source : BEAF) -

 

Le jeune Elmon Mickle  semble avoir une bonne  étoile qui veille sur lui. Après avoir commencé son apprentissage musical auprès de Sonny Boy I, il a effectivement l'immense chance de poursuivre cet apprentissage musical à l'harmonica auprès d'un autre très grand maître de l'harmonica du Blues Afro-Américain.

Effectivement, au milieu des années 40, il rencontre Alec Miler dit "Sonny Boy Williamson II" (1899 - 1965) dans les Juke Joints locaux, et également le batteur "King Biscuit Boy" Peck Curtis. Grâce à Sonny Boy II, Elmon Mickle va faire faire des passages répétés sur les ondes radiophoniques lors d'émissions musicales, souvent en direct, consacrées au Blues sur ondes des stations KDRK et KGHI.

 Il participe aussi à d'autres émissions avec les excellents harmonicistes de "Country Music" Lonnie Glosson et Wayne Raney, dont il s'inspirera aussi. Durant cette période, Elmon Mickle s'installe à Little Rock, la plus grande ville de l'état de l'Arkansas. Une ville qui possède de nombreux clubs et bars permettant à la très active scène musicale Blues locale de s'épanouir.

 

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Elmon Mickle va accumuler les nouvelles expériences musicales dans cette ville de Little Rock en jouant avec les Bluesmen locaux, comme le grand Robert Nighthawk, et justement Sonny Boy II qui est déjà pourvu d'une importante renommée à cette époque. Comme la plupart des artistes musiciens Afro-Américains durant ses années 1940, Elmon Mickle est aussi obligé de travailler pour vivre.

En l'occurrence Elmon Mickle travaille pour les chemins de fer de l'Arkansas car il ne gagne pas assez d'argent aves ses contrats musicaux pour subsister convenablement. Malgré ces gains financiers insuffisants, il devient de plus en plus connu, il participe aussi à plusieurs émissions de radio.

C'est aussi à cette époque qu' Elmon Mickle collabore avec des musiciens issus d'autres genres musicaux, notamment avec les excellents harmonicistes de "Country Music" comme Lonnie Glosson et Wayne Raney, dont il va aussi s'inspirer pour développer son propre style musical.

 

- Référence musicale 3 (en bas d'article) -

 

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 - Elmon Mickle dit "Drifting Slim", circa 1950 (Source : BM) - 

 
 En 1951, Elmon Mickle forme son tout premier groupe avec les musiciens Bluesmen "Baby Face" Turner et Junior Brooks, en enregistrant ses premières faces pour le label Modern (sélection musicale 1). Le label Modern est créée en 1945 à Los Angeles, en Californie, par Saul et Jules Bihari.
Cette compagnie de disques est d'abord dédiée à des styles musicaux hétéroclites : du Rhythm & Blues, de la Country & Western, du Jazz / Blues, et également du Gospel. Mais la compagnie Modern Records va aussi créer une filiale en 1950 dénommée RPM Records pour proposer au public spécialisé de la musique Blues, Jazz, du Rhythm & Blues, et même du Rock & Roll.
Dés le départs, Modern et RPM Records réussissent à attirer de très talentueux musiciens en faisant signer des contrats à une impressionnante pléiade de futures vedettes : B.B. King, Roscoe Gordon, Elmore James, Smokey Hogg, Lightnin' Hopkins, "Little" Willie Littlefield, Jimmy McCracklin, Jimmy Witherspoon, Pee Wee Crayton et John Lee Hooker !
 
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Le label Modern Records va aussi collaborer avec d'autres compagnies de disques, comme avec le producteur Sam Phillips de la compagnie Stax Records à Memphis, mais aussi les puissants frères Chess fondateurs et propriétaires de la célèbre compagnie de disques Checker/Chess Records à Chicago.
N'oublions pas, en outre, que la compagnie de disques Modern Records est le tout  premier label à sortir les fantastiques morceaux du légendaire Bluesmen Howlin' Wolf. Mais, comme beaucoup d'autres labels de musique Afro-Américaine, Modern Records va malheureusement faire faillite, après avoir lancé le groupe The Ikettes.
The Ikettes est un trio de choristes féminins, d'abord appelé The Arlettes, mis en place par Ike Turner en 1960 pour accompagner sa tournée de concerts avec Tina Turner. Les Ikettes poursuivront leur carrière en solo en obtenant de belles places dans les classements. comme avec leur morceaux "I'm Blue" sur Atco Records (45/6212) en 1961 qui se classe à la 3éme place du R&B Billboard.
 
- Référence musicale 4 (en bas d'article) -
 
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 - Elmon Mickle sur Elko Records en 1959  (Source : 75 M.N.S®) -
 
       En 1952, Mickle forme son propre Blues band local en s'entourant des musiciens Junior Brooks, "Baby Face" Turner, et Sunny Blair. Chargé par Joe Bihari et Sam Phillips de trouver des Bluesmen de talents, c'est le jeune Ike Turner qui va "débusquer" Elmon Mickle, en lui faisant enregistrer sous le nom bien plus évocateur de Drifting Slim.
En jouant avec Sunny Blair (1931-1966) lors de son passage chez Modern Records, Elmon Mickle rencontre un artiste qu'il apprécie aussitôt, et qui va l'influencer. Le style musical de Sunny Blair est celui du profond Deep South : un Blues authentique et puissant. Le jeu de ce Bluesmen vient du clairement du tréfonds des authentiques racines du Blues Afro-Américain.
Ces vibrants enregistrements vont marquer l'histoire du Blues, ils sont réalisés par Joe Bihari entre la fin de 1951 et le début de 1952. Ces morceaux permettent de saisir le jeu caractéristique de ce Blues Roots, encore largement imprégné par ses racines originales Afro-Américaines. Un Blues authentique qui va séduire dès la fin des années 1950 le monde occidental, comme les premiers Modernists en Angleterre.
 
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Même si ses disques semblent s'être vendus modérément, Elmon Mickle est néanmoins vite reconnu pour son talent. Il est très souvent sollicité par de nombreux musiciens, ce qui lui permet de se produire un peu partout dans le Sud des Etats-Unis. Mais, pour avoir de meilleures conditions de vie, et de travail, Elmon Mickle décide de s'installer dans l'immense ville de Los Angeles dans l'état de Californie en 1957.
Dès son installation en 1957 à Los Angeles, il se plonge dans le travail en rénovant son numéro de scène en One Man Show. Il y ajoute de la batterie, et de la guitare à son jeu  d’harmoniciste. Le résultat est de grande qualité, Elmon Mickle a désormais un son "reconnaissable" qui lui permet de se démarquer parmi les nombreux Bluesmen sur le marché.
C'est précisément à cette époque qu'Elmon Mickle décide de transformer son nom en trouvant un nouveau nom de scène. Il est primordial de préciser qu'il va effectivement utiliser un très grand nombre de surnoms. Une simple vue de l'ensemble de sa discographie permet immédiatement de se rendre comte de cette grande variété de surnoms utilisés le long de sa carrière musicale.
 
- Référence musicale 5 (en bas d'article) -
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Elmon Mickle dir "Model T Slim" sur Magnum Records en 1967 (Source : 75 M.N.S®) -
 
 
   Cette démarche qui consiste a changer fréquemment de surnom, est très courante pour les Bluesmen ruraux Afro-Américains originaires du Deep South. Une pratique qui ne facilite pas le travail des chercheurs musicologues, et qui s'ajoute à des questionnements récurrents à propos de la véracité des dates de naissances, comme justement celle de Sonny Boy Williamson II.
Un problème le plus souvent induit par la non retranscription, ou/et à une gestion défaillante des documents administratifs, dont justement les actes de naissances, des citoyens de la communauté Afro-Américains encore victime de ségrégation. C'était une manière de ne nier l'existence des Noirs, et de ne respecter les Droits Civiques des minorités, surtout dans les états du Sud des Etats-Unis.
Parmi les différents surnoms utilisés, Elmon Mickle va par exemple enregistrer sporadiquement sous le nom de T-Model Slim ; en particulier une version du morceaux "Flat foot Sam" pour le label Excell. Un morceau qui va remporter un certain succès, et lui permettre de passer sur les radios locales. Elmon Mickle va enregistrer plus d'une dizaine de singles, pour différentes petites compagnies de disques locales ou nationales.
 
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Plus précisément, Elmon Mickle dit "Driffting Slim", ou "Model T Slim", enregistre ses 45t pour de petits labels. Elmon va donc enregistrer pour : Wonder Records, Audio Blues Records, Magnum Records, Slytetone Records, Kent Records, EM Records, Kim Records, ou encore la compagnie JGEMS Records.
Elmon Mickle va profiter de la florissante industrie du disques, même si ses années représentent les derniers soubresauts. La liste des labels qui collaborent avec Elmon Mickle est longue, elle permet de se rendre compte de la grande vitalité de l'industrie du disque à cette époque.
Elmon va également sortir ses enregistrements sur sa propre compagnie fondée avec son amie le Bluesmen Ernie Pruitt. Pour des raisons économiques, Elmon Mickle joue essentiellement en solo en s'accompagnant lui-même à la guitare, à l'harmonica et à la batterie actionnée par les pieds, et ne se produit guère que dans des réunions privées.
 
- Référence musicale 6  (en bas d'article) -
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- Elmon Mickle dir "Model T Slim" sur Audio Blues Records en 1968 (Source : 75 M.N.S®) -
 
 
Les superbes morceaux enregistrés par Elmon Mickle ne vont pas rester longtemps dans l'oubli. Comme de nombreux autres Bluesmens Afro-Américains, il est enfin redécouvert par la nouvelle jeune génération de passionnés et amateurs inconditionnels de Blues Afro-Américain.
C'est d'ailleurs par ce biais, plus précisément avec les publications du C.L.A.R.B (Comité de Liaison des Amateurs de Rhythm"n"Blues). Le C.L.AR.B va, entre autres, être à l'origine du fantastique magazine français hautement spécialisé  "Soul Bag", que les Mods de Paris vont redécouvrir la considérable oeuvre musicale léguée par Elmon Mickle.
Plus précisément, c'est grâce à la ténacité et au travail de Bruce Bromberg, Henry Vestine, Bob Hite (du groupe Canned Heat) ainsi que de Frank Scott que Elmon Mickle/ T-Model Slim/ Driftin' Slim est enfin retrouvé par le public. Un peu abasourdi de l'intérêt que lui portent ces jeunes gens blancs férus de musique Blues Afro-Américaine, Elmon va néanmoins répondre avec gentillesse à tous ces nouveaux admirateurs.
 
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Un autre magazine spécialisé "Blues Unlimited", justement présenté ci-dessus, va largement contribuer à élargir et renforcer la renommée d'Elmon Mickle auprès des amateurs de Blues. Cet article, écrit par l'excellent journaliste Franck Scott, reste encore de nos jours un des principaux et rares témoignages sur la carrière de ce Bluesmen légendaire.
Elmon Mickle va donc enregistrer sporadiquement durant les années 1960, publiant des singles sur son propre label et sur d’autres labels comme nous l'avons vu. C'est donc dans la foulée du boom de la musique Blues à partir de le fin des années 60, grâce entre autre au British Blues, qu'il est redécouvert par le public.
Le British Blues est un mouvement / une vague, musicale largement issu de la scène Mod en Angleterre. Ce style va très largement influencer l'ensemble de la musique ; même si, comme nous allons le voir, il va prendre des formes parfois très éloignées du modèle original.
 
- Référence musicale 7 (en bas d'article) -
 
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 Elmon Mickle (Source : BLU ) -
 
Le "British Blues" est un mouvement né suite à une réaction à l’encontre du Rock’n’Roll blanc qui était particulièrement en vogue à la fin des années 1960 en Europe. Suite à la disparition d’Elvis Presley, l'intérêt pour cette musique Rock'n'Roll c'est largement amoindri. C'est plus exactement un noyau de jeunes aspirants chanteurs et musiciens, entourant le musicien Alexis Korner, qui vont initier ce British Blues.
Alexis Korner est né en 1928, d’un père autrichien et d’une mère turque, Alexis Korner va passer son enfance en Autriche avant de rejoindre l’Angleterre, juste avent l’offensive allemande de 1940. Sa passion pour le Blues Afro-Américain lui est venue très jeune, c'est plus précisément en entendant un disque du pianiste de Boogie Jimmy Yancey (1894-1951) pendant un bombardement sur Londres qu’il décida de devenir musicien.
Pour la petite histoire, le style dit "Boogie Woogie" voit le jour au début du XXe siècle. Ce sont les pianistes Afro-Américains qui développèrent dans les états du Deep South aux Etats-Unis une forme plus rapide et rythmé de Blues. Ces musiciens circulaient en s'arrêtant pour jouer dans les Honky Tonk (petites baraques en bois aménagées en bar/saloon/tripot à concerts).
 
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La Crise des années 1930 va pousser les pauvres ouvriers Noirs vers les grandes villes industrielles du nord, comme Chicago, en amenant avec eux leur richissime culture musicale, dont justement cette manière très spécifique de jouer du piano. À l’époque, ce nouveau style de musique est désigné par différents noms : Dudlow Joe, Rolling Blues, Shuffle, etc.

 

Le tout premier morceau considéré comme un "Boogie" enregistré serait "The Rocks" interprété par George W. Thomas en 1923.  Mais, c’est un peu plus tard que Clarence "Pinetop" Smith fait naître littéralement le mot "Boogie Woogie" en enregis­trant en 1928 son célèbre morceau "Pinetop’s Boogie Woogie". À la suite de cet enregistrement, cette expression désigna ce style de musique très caractéristique.

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 C'est donc en écoutant cette musique Boogie Afro-Américaine qu' Alexis Korner débute son initiation musicale. A la fin de la Seconde Guerre MondialeAlexis Korner va trainer avec son piano et sa guitare dans les petits clubs de Jazz qui commençaient à fleurir un peu partout dans le Londres américanisé. C'est justement à cette époque, que la première génération Modernist bâtie les première fondations de la culture Mod.  

 

- Référence musicale 8 (en bas d'article) -

 

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Alexis Korner's Blues Incorporated  (Source : BLM ) -

 

 L’aventure prit vraiment forme avec Cyril Davies harmoniciste de génie avec qui il va former un groupe de Blues exceptionnel qui donna une chance à de jeunes musiciens qui allaient quelques années plus tard devenir les légendes de notre musique Modernist. Pour la petite histoire, le titre légendaire de sa formation The Cyril Davies R&B All Stars "Country Line Special" est l'hymne fondateur du 75 M.N.S®.

Pour avoir une idée plus précise de l’importance essentielle de cette formation dans l’histoire du blues Anglais, il convient de citer certains musiciens ayant joué avec Alexis Korner :  Charlie WattsLong John BaldryKeith RichardsJimmy Page,  Graham Bond sans compter quelques chanteurs qui connaitront la gloire par la suite comme Mick Jagger et Rod "The Mod" Stewart.

Alexis Korner est le véritable "père" de ce mouvement parti de la ville de Londres, son impact sur le Blues anglais fût tel que lorsque Jimmy Page lui demanda de lui conseiller un chanteur pour la formation de son nouveau groupe de Led Zepplin notre Bluesman lui parla d’un nommé Robert Plant.

 

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A la différence de la ville de Liverpool où le style de musique Merseybeat l’emporte sur le Blues avec des groupes comme les Beatles ; la ville de Londres s’attache effectivement  plus au sens osé et ambigu des paroles autant qu’aux rythmiques des guitares électriques des musiciens Bluesmens de Chicago et du delta du Mississippi.

Tous ces jeunes musiciens blancs essayent de recréer le phrasé des maîtres. En l'occurrence, les Rolling Stones ont pour maître Chuck Berry, Bo Diddley, Muddy Waters (à qui ils empruntent leur nom), Jimmy Reed, et l'immense Slim Harpo. Le sommet de cet période Blues s’établira lors d'une mémorable tournée américaine de 1964, qui va leur permettre visiter, ou d'enregistrer pour certains, dans les mythiques studios d'enregistrement du label Chess de Chicago.

A propos des Roling Stones, il convient de souligner qu’ils obtiendront leur premier disque n° 1 en Angleterre en novembre 1964 avec une reprise d’Howlin Wolf signée par Willie Dixon, avec dans "Little Red Rooster" un style musical ralenti par la guitare Bottle-neck dus à Brian Jones. Tout au long de leur carrière, les Stones glisseront au gré des albums du Blues senti, que ce soit avec des reprises, ou avec leurs propres composition.

 

- Référence musicale (en bas d'article) -

 

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 -  Cyril Davies (Source : BLM ) -

  

Pour leur part le groupe des Yardbirds était luis aussi très influencé par le Blues Afro-Américain. Le groupe des Yarbirds était composé le guitariste Eric Clapton. Leur style était plus puriste, mené par la voix blanche et plate de Keith Relf (en opposition avec les voix caverneuses et graves des créateurs originaux).

Ils vont avoir le grand privilège d'accompagner en tournée justement le maître de Model T Slim le grand Sonny Boy Williamson II en 1964.Une tournée mythique, et révéré par la culture ModLorsqu’ils tourneront le dos au purisme pour faire une carrière plus commerciale, Eric Clapton les quittera pour laisser sa place au flamboyant Jeff Beck.

Dans les autres territoires de l'Angleterre, de nouvelles formations voient aussi le jour, comme avec les Animals d’ Eric Burdon qui vont bouleverser le nord de l’Angleterre en reprenant des morceaux de Ray Charles et John Lee Hooker. De leur côté, le groupe The Thems s’insurgent musicalement en Irlande, avec Van Morrison qui chante et scande le morceau "Baby Please Don’t Go".

 

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Dès 1966, le Blues fait son retour aux États Unis. Mais les musiciens puristes résistent, menés par John Mayall qui a engagé Eric Clapton dans ses Bluesbreakers. Leur premier album ultrapuissant génère dès 1967 la vague du Blues Boom, beaucoup plus scolaire que la précédente. John Mayall sera le grand patron de cette seconde vague.

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Sous l’influence des Cream avec Eric Clapton, le durcissement du son se généralise. Jeff Beck qui vient de quitter les Yardbirds, monte le Jeff Beck Group. Si le répertoire est emprunté aux plus grands, le son est poussé à l’extrême, établissant les règles du Hard Rock naissant. Le guitariste qui l’a remplacé dans les Yardbirds, Jimmy Page fondera plus tard Led Zeppelin qui jouera un répertoire très Blues.

Cette profonde vague de retour de la musique Blues va pousser ces nouveaux jeunes passionnés de Blues Afro-Américain à s'intéresser plus profondément à l'ensemble des artistes. C'est donc grâce à cet environnement favorable que les enregistrements de Model T Slim vont être repris par un certain nombre de labels de collectionneurs de Blues.

 

- Référence musicale 10 (en bas d'article) -

 

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- Alexis Korner Blues Incorporated publicité concert en 1962 (Source : LRBC) -

 
Des labels spécialisés qui vont littéralement foisonner à partir de la fin des années 1970. Cette "redécouverte" lui permet de relancer sa carrière, de se produire sur scène et d'enregistrer un album entier pour le producteur Pete Welding.
Parmi ces rééditions de qualité, il faut rappeler la compilation de la compagnie Kent Records intitulée "If I Have To Wreck L.A. Kent & Modern Records: Blues Into The 60s Vol 2". Une autre réédition, une véritable merveille comprenant justement des enregistrements de Model T Slim, qui va aussi contribuer auprès du jeune public à une plus large reconnaissance de ce Bluesmen d'exception.
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Cette excellente compilation nous propose les morceaux "Christine" (1967) et "Baby Don't Tear My Clothes" (1968, référence musicale 8 ci-dessous) par Kent Records. Le véritable cadeau de cette compilation réside dans le superbe morceaux "Somebody's Done Hoodooed The Hoodoo Ma", jamais sorti (unissued)  par Kent Records et interprété avec Gloria et May Mickle.
 
Fort de cette nouvelle renommée, Elmon Mickle avait le projet de faire une tournée en Europe avec une série de concerts. Mais malheureusement atteint d'un cancer, Elmon Mickle doit y renoncer. La maladie va vite l'emporter, et il décède le 17 septembre 1977 à Los Angeles en Californie.
 
- Référence musicale 11 (en bas d'article) -

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- Couverture revue "Blues Unlimited1968 (Source : 75 M.N.S®) -

 

Elmon Micke est un artiste dont les nombreux surnoms, "Model T Slim" / "Drif(f)ting'Slim", évoquent immédiatement l'excellence et l'authenticité de la grande musique Blues Afro-Américaine.

Même si sa notoriété reste encore confinée à la sphère des amateurs et passionnés de Blues, certains de ses morceaux ont incontestablement marqué et inspiré toute une génération.

C'est très certainement au sein de la culture Mod qu'Elmon Mickle est le plus largement respecté et encore révéré : les puissant et inimitables riffs de son Harmonica retentissent toujours assidûment dans les soirées Modernists.

 

Alexandre Saillide-Ulysse

75 M.N.S®

 

Nota :*La date de naissance d'Aleck Miller dit "Sonny Boy II" est encore incertaine, et sujette à discussion ; pour le moment, seul la période comprise entre 1899 et 1912 semble faire l'unanimité.   

 

Sources :

 

- Philippe Bas-Raberin "Le Blues moderne : 1945-1979",

éditions Albin Michel, Paris, 1986 (1ére édition 1979)

 

- David Ausseil, Charles-Henry Contamine et Denis Chapoullie,

"La Route du blues", éditions J.-P. Barthélémy, Paris

 

- Gérard Herzhaft "La Grande encyclopédie du blues",

éditions Fayard, Paris(1ére édition 1997)

 

- Ted Gioia "Delta Blues : The Times of the Mississippi Masters",

éditions W.W.N, Boston, 

 

- Stéphane Koechlin "Le Blues : Les musiciens du diable",

éditions Castor Astral, Paris, 

 

 Références musicales :

 

- Sélection 1 : Drifting Smith "My Little Machine",

Modern Records (849) - 1951

 

- Sélection 2Drifting Slim "Good Morning Baby",

 RPM Records (370) - 1952

  

- Sélection 3 : Model T Slim "You're Growning Old Baby",

Audio Blues Records (1932) - 1967

 

- Sélection 4 : Elmon Mickle "Flatfoot Sam",

Elko Records (003) - 1959

 

- Sélection 5 : Model T Slim "Shake Your Boogie",

Magnum Records Records (739) - 1967

 

- Sélection 6 : Model T Slim "Take My Hand",

Audio Blues Records (AB-1933) - 1968

 

- Sélection 7 : Model T Slim "Jackson Tennessee",

 Magnum Records Records (739) - 1967

 

 - Sélection 8 : Alexis Korner's Blues Incorporated

"Hoochie Coochie Man", Oriole Records (PS40058) - 1964

 

- Sélection 9 : Cyril Davies and His Rhythm'n'Blues All Stars

"Country Line Special", Pye International Records (7N2594) - 1963

 

- Sélection 10 : Cyril Davies and His Rhythm'n'Blues All Stars

"Chicago Calling", Pye International Records (7N2594) - 1963

 

- Sélection 11Model T Slim "Baby Don't Tear My Clothes",

Kent Records (504) - 1969



06/07/2022
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